Les contrats amoureux

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Pourquoi avons-nous besoin d’en passer par des contrats amoureux pour formaliser un sentiment que l’on nomme Amour et qui nous lie à un autre que nous ?
Pourquoi la plupart rêvent d’officialiser leur union par un contrat de mariage, ou pax, ou cérémonie religieuse ? C’est à dire de prendre témoin devant un tiers, considéré comme un représentant civil de la Loi, ou du principe religieux auquel nous nous sentons rallié ?
Dans certains cas, certains couples décident même de mettre en place des contrats de gré à gré, écrits ou oraux, sans tierce partie : contrat d’exclusivité, engagement, fidélité, organisation des week-ends et des soirées de la semaine, partage des responsabilités etc..

Dans le cadre des contrats civils de mariage, de Pacs :
Il est curieux d’observer ce phénomène en tant que séquence construite sur le plan symbolique, sociologique, psychologique.
Symbolique parce que le rituel devant Un Autre qui valide le choix amoureux rend compte dont nous nous sommes différenciés des mammifères à la préhistoire, en rendant hommage à nos morts et en sacralisant un peu plus tard les unions entre hommes et femmes.

Sociologique puisque cela parle de notre besoin d’être reconnu et validé par nos pairs et plus particulièrement par un individu qui se distingue parce qu’il porte en lui la marque de l’expert, de celui qui a le poids pour nous indiquer que nos choix vont dans la bonne direction. Comme si sans la présence de cet Autre et le groupe témoin, nous ne savons pas que notre choix est adéquat…

Psychologique car comme le petit enfant qui se sent exister dans le regard de sa mère, les adultes de manière tout à fait inconsciente reproduisent en se mariant, en se pacsant, des patterns de validation par un Autre (qui ici peut être représenté par l’institution du mariage), à qui on attribue du pouvoir. J’existe si on me regarde et m’approuve.

Pourquoi la plupart d’entre nous optent pour un rituel traditionnel d’un contrat amoureux qui organise notre vie, parle d’amour à notre place, attribue des règles concernant le sentiment que l’on nomme Amour ? (qui en général ne s’encombre pas des règles)

D’autant plus que le terme de contrat, tout comme un contrat d’affaire, met bien en évidence le fait de se mettre d’accord sur des critères à respecter, des règles à suivre, un chemin qui honore le bien et l’autre serait au service du mal.
L’étymologie du mot contrat vient du substantif latin contractus qui veut dire contracté, proprement lié, resserré, restreint.
La traduction des 10 commandements de Moise dont certains concernent l’exclusivité dans le mariage, (tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain), sont mal compris par le grand public parce qu’interprété de façon hâtive.

Pour Marc alain Ouaknin, qui a commenté les 10 commandements il faut être capable d’entendre cette parole qui parle de la filiation avec « tu ne commettras pas d’adultère ». L’adultère n’est considéré qu’avec une femme mariée car on définit un homme par son identité et l’adultère dans ce cas entrave l’identité. L’adutlère est une affaire généa-logique.
Pour un enfant qui se construit il est important d’entendre d’où vient sa naissance, qu’il puisse faire son anamnèse. Une façon de dire non au mensonge de la filiation.

Cet aspect est à considérer car nous retrouvons ici, le monde de la dualité qui ramène à la croyance d’une éthique de vie que nous devons choisir, une culpabilité si nous sortons des rangs du contrat sur lequel nous avons signé le jour J.

Et pour beaucoup, le contrat de mariage tel qu’il est prévu a du mal à être respecté à la lettre par la plupart de nos contemporains, que ce soit en matière de soutien et de sécurité (pour toujours) et d’exclusivité appelé fidélité.

Alors est-ce juste une formalité ? L’occasion de faire une fête réunissant la famille et les amis ? Une manière de « rentrer dans le rang », de faire plaisir à ses parents, ou de se conformer à une norme ?
Un élément de réflexion pour avancer sur notre sujet serait peut être de considérer que l’Amour qui permet à deux individus d’avoir envie d’en faire un projet couple, est d’abord et avant tout un sentiment.

Pourquoi alors d’un sentiment qui surgit dans l’instant, qui peut ou pas perdurer mais qui échappe totalement à notre contrôle (donc ne pourra jamais être saisi et fixé dans le temps), pourquoi donc avons nous besoin de le contrôler en s’évertuant à passer des contrats conjugaux et ce depuis la nuit des temps ?

L’amour comme vous l’avez constaté fluctue sans cesse, il est comme l’eau d’une rivière, on peut chercher à forger des barrages mais en empêchant le cycle naturel de l’eau, vous empêchez le flux d’osciller et le prix est cher payé en matière de sentiment ! On ne peut en aucun cas fixer, garantir l’amour, il apparaît et disparaît sans raison. Ceci dit, on peut toujours en trouver pour rationaliser et se rassurer.
Regardez le nombre de trahisons en tout genre, de mensonges sur des relations sous marines, de désillusions du mythe du couple romantique.

Combien d’entre vous êtes parvenus à honorer le contrat et si c’est le cas, à quel prix ? Entre le « je dois et le j’ai envie », quelle a été la somme de conflits intérieurs, le nombre de pensées culpabilisantes à voir avec je ne devrais pas agir ainsi ou même penser ainsi ou il (elle) ne devrait pas en regard de ce qui est stipulé sur le contrat.

A savoir que 70 % de la souffrance humaine tourne autour de la culpabilité afin de garder une image de soi idéale.

Interrogez-vous sur : à quoi vous sert le contrat de couple ? Un garde fou ? Un contrat de garantie pour vous sécuriser quand les temps tourneront au vinaigre ? Une croyance en l’amour éternel ? Une manière de faire face à la pression sociale et donc de faire comme tout le monde?

Mais au fond avez vous besoin d’un contrat pour faire vivre l’amour ? Qui est vraiment concerné ? Que vous deux et personne d’autre. Alors que vient faire l’intervention d’une tierce pour régulariser, officialiser ? Une simple formalité pour payer moins d’impôt, ou pour des questions de succession ? Et même là, observez comment le rite du contrat modifie le regard que vous posez sur votre couple.

Et lorsqu’il n’est plus question dans un certain milieu du contrat de mariage, on voit apparaître la mode du contrat couple.. !

Qu’est-ce ?

Apparemment un contrat entre les partenaires, crées par eux avec le consentement de chacun pour border la relation et ainsi prévenir des éventuelles dérives qui mettrait le couple en danger.

A chaque invention d’un contrat amoureux, on voit bien apparaître le besoin de se sécuriser, soi, la relation, le sentiment d’amour que l’on aimerait tellement garder sous cloche jusque la fin des temps…

Mais la sécurité ne fait pas bon ménage avec l’amour..
L’amour ne tient pas compte longtemps de cette histoire de contrôle qui est plutôt la résultante de nos divers traumatismes qu’autre chose.

On aimerait pourtant tellement garder intact nos émois amoureux qui nous permettent de nous remplir d’énergie dans les débuts et nous fait déplacer des montagnes !

Sauf que la stratégie du contrat couple ne garantie rien du tout, parce que vous n’êtes pas maîtres de vos sentiments, et encore moins des sentiments du partenaire qui ne dépendent pas de vous !!

A se poser des limites contraignantes, vous renforcez « le juge tyrannique » en vous qui condamne et pose un regard tranchant sur les transgressions au contrat. Et dieu sait si lorsque des règles sont posées l’envie de les transgresser augmente d’autant ! Quand tout est permis, la question se pose moins, la charge est moins forte et le thème se dissout d’autant.

Mais vous pouvez y croire, vous berner par des arguments qui vont dans le sens du bien fondé d’un cadre en tenant à votre contrat couple pour résister au temps qui passe, aux tentations qui nuirait à la bonne marche de votre couple.

On s’imagine qu’en posant un cadre que l’on va respecter, tout va aller pour le mieux dans le meilleur des mondes ! N’est-ce pas un peu infantile à l’âge adulte ?
Si on besoin d’en passer par un contrat c’est que déjà on ne fait pas confiance à la bienveillance du partenaire (sauf cas pathologique). En général si vous relationnez avec quelqu’un qui dit vous aimer c’est qu’à priori il est plutôt bienveillant à votre égard. Alors si vous êtes méfiant, vous pouvez vous dire que peut être est-ce vrai maintenant mais que ce ne peut être vrai très longtemps, alerte le vent va tourner un jour.. et là mieux vaut prévenir que guérir n’est-ce pas ???
Et bien normalement pas, même en situation de crise on peut toujours comprendre pourquoi l’autre agit en désaccord de nos besoins, attentes, mais que cela ne part pas forcément d’une malveillance de sa part. il répond certainement d’abord à ses propres aspirations un point c’est tout.

En sachant décoder les comportements, en ayant une lecture plus subtile derrière les comportements de surface, on reste en contact avec la partie saine de l’individu et on arrête d’interpréter que l’autre nous rejette, nous trahit, nous ment, nous abandonne , nous en veut, fait exprès etc…

Et tout peut se réguler si on a appris à communiquer après des moments de tension.
Faire confiance en l’amour c’est faire confiance en nos compétences de régulation et de miser sur nos envies de coopérer.
Fabriquer un contrat montre que l’on ne fait pas confiance dans la bienveillance inhérente en autrui, on veut garder le pouvoir, le contrôle passe au premier plan.

Au premier faux pas, attention on revient sur le contrat, on confronte l’autre : alors que s’est-il passé ? Pourquoi as tu dérapé ? Et bien s’il a dérapé c’est qu’une partie de lui plus importante que celle du bon droit agissant s’est emparé de lui, que cela n’était pas prévu au moment où le contrat a été rédigé et voilà tout..

Comme le dit Spinoza nos choix sont le fruit d’une partie de nous qui domine et prend le pouvoir à ce moment là alors que d’autres sont plus faibles, un point c’est tout, nous sommes pétris de parties en nous contradictoires, une veut cela et l’autre l’inverse, c’est notre humble réalité.

Croire que nous aurons le contrôle sur notre sexualité, nos désirs, nos tendances et ce dans le futur, c’est sans compter sur les facteurs de notre évolution, nous ne réagissons pas de la même manière à 10ans, qu’à 20, à 30.. etc..
C’est de nouveau vouloir figer nos patterns, systèmes de croyances pour que quelque chose reste stable, (enfin une partie de nous qui est légitime par ailleurs aime y croire.. !) Si note besoin de stabilité prend le dessus, nous borderons par des contrats, si notre profil de personnalité est plus orienté vers l’aventure, nous trouverons que le contrat risque d’enfermer, de poser des règles et des limites qui nous empêchent de nous sentir libres.

Je vais maintenant soulever la question des contrats implicites et explicites.

La plupart des contrats amoureux sont implicites, quand vous rencontrez un nouveau partenaire vous n’allez pas dès le premier entretien lui demander s’il est exclusif ou non, s’il sera galant, s’il a le droit d’aller voir ses amis du sexe opposé, s’il peut voir sa famille sans vous et autres points qui soient disant vont de soi ..

Plus cela a l’air de tomber sous le sens, plus vous êtes contaminé par l’illusion des valeurs en mirroir. Si je vois cela ; alors si on s’aime toi aussi, tu vois comme moi ! Dans le Petit Prince, on connaît le dicton : « aimer c’est regarder ensemble dans la même direction » ; c’est sans compter que ce qui est important pour moi ne l’est pas forcément pour toi ou que ce que je crois vrai et important aujourd’hui peut changer demain et réciproquement.
Un postulat de l’autonomie chez l’adulte porte sur cette décontamination.
Autre exemple : dans certains pays, il est un contrat implicite que les femmes ne quittent pas les hommes si elles se font maltraiter et ou violenter car la violence conjugale est considérée comme la norme ; alors qu’en Europe c’est l’inverse.
Ou encore en Israel, les femmes peuvent divorcer si elles ne sont pas comblées sexuellement, nul besoin de contrat explicite.

Mais ces contrats implicites peuvent être une façon de se leurrer s’ils ne sont pas clarifiés à l’oral entre les deux partenaires au moins à un moment donné de la relation.

Parfois l’un se sent trahi par exemple sur le fait qu’un des deux a du désir ailleurs alors qu’ils n’en ont jamais parlé entre eux vraiment comme si tout allait de soi.

Donc en résumé les contrats explicites ont l’avantage de clarifier les besoins et les peurs de chacun au sein du couple, et présentent l’inconvénient de border, de rigidifier et donc d’être source de sentiment de trahison au cas où l’un des deux n’arrivent pas à suivre ce contrat.

Et les contrats implicites sont à la fois une façon de faire confiance en l’empathie, et en même temps sont immatures dans le sens de ne pas clarifier à voix haute ce qui pourrait être source de désaccord.

Véronique Kohn
Le 6 janvier 2017