La sagesse hédoniste : jouir sans se perdre, l’art d’un plaisir conscient
« Le plaisir n’est pas l’ennemi de la sagesse, mais son plus fidèle allié – à condition de savoir l’écouter sans s’y noyer. »
Nous vivons dans une époque schizophrène. D’un côté, on nous répète : « Sois heureux, épanoui, performant ! » – une injonction qui, paradoxalement, génère plus d’anxiété que de joie. De l’autre, on nous murmure (ou on nous crie) que le plaisir est superficiel, égoïste, voire dangereux – comme si savourer la vie était un péché.
Résultat ? Beaucoup d’entre nous oscillent entre deux extrêmes : – La surconsommation de plaisirs vides (addictions, relations toxiques, quête effrénée de sensations). – La fuite du plaisir (dépression, retrait du monde, anesthésie émotionnelle).
Et si la vraie sagesse résidait ailleurs ? Pas dans le renoncement, ni dans l’excès, mais dans l’art de cultiver un plaisir qui nous élève plutôt qu’il ne nous enchaîne ?
C’est ce que j’appelle la sagesse hédoniste – une approche où le plaisir devient une boussole, non un maître.
Le plaisir, ce mal-aimé
Notre rapport au plaisir est souvent déséquilibré, car nous confondons deux choses : 1. Les stratégies de plaisir (un partenaire, un objet, une réussite) → ce que nous pensons devoir obtenir pour être heureux. 2. La nourriture intérieure (la joie, la paix, la vitalité) → ce que nous ressentons vraiment.
Exemple : Croire que « si je trouve l’amour parfait, je serai comblé(e) » est une illusion. Car le bonheur ne dépend pas de l’objet (le partenaire), mais de notre capacité à savourer ce qui est déjà là.
Quand nous confondons les deux, nous devenons dépendants – non pas du plaisir lui-même, mais de ses sources extérieures. Et c’est là que commence la souffrance.
L’enfant intérieur, notre boussole oubliée
Savez-vous qui est le meilleur guide pour un plaisir authentique ? Votre enfant intérieur – cette part de vous spontanée, créative, sensible, qui ressent avant que le mental ne vienne tout intellectualiser ou saboter.
Cet enfant : ✅ Agit par appel (comme un enfant fasciné par un carton plutôt que par le jouet coûteux qu’il contient). ✅ Joue avec le présent (sans calculer le futur ou ruminer le passé). ✅ Crée du lien sensoriel (le toucher, l’émerveillement, la curiosité).
Pourquoi le perdons-nous ? – L’éducation nous a appris à « être sérieux ». – Les traumatismes nous ont fait craindre la vulnérabilité. – La société valorise la productivité plus que la légèreté.
Conséquence : Nous devenons des adultes « dressés », coupés de leur vitalité, cherchant désespérément à l’extérieur ce qui ne peut venir que de l’intérieur.
Un exercice pour le réveiller
Plusieurs fois par jour, demandez à votre enfant intérieur : « Qu’est-ce qui te ferait du bien maintenant ? » – Acceptez la frustration : « Je n’ai pas ce que je veux, mais je peux savourer ce qui est là. » – Dédramatisez : « Ce partenaire/objet/réussite n’est qu’une stratégie parmi d’autres pour accéder au plaisir. Il ne est pas le plaisir. »
Les pièges du plaisir : quand la joie devient prison
1. La dépendance affective : aimer ou s’accrocher ?
Beaucoup confondent amour et addiction : – « Je ne peux être heureux(se) que si cette personne m’aime. » → Dépendance. – « Sans lui/elle, ma vie n’a plus de saveur. » → Anesthésie des autres sources de joie.
La solution ? – Distinguez la stratégie (le partenaire) de l’émotion (l’amour). – Acceptez l’impermanence : les moments de plénitude sont éphémères. Les vouloir permanents mène à la souffrance. – Développez des ressources multiples : amis, nature, art, solitude créative…
2. L’habituation hédonique : quand tout devient « normal »
Notre cerveau s’habitue aux plaisirs : – Une douche chaude après un voyage en Inde semble luxueuse. – Un partenaire idéal devient « normal », puis décevant.
Le remède ? – Cultivez la gratitude pour les petites choses (un fruit, un rayon de soleil). – Souvenez-vous de votre finitude : « Nous n’avons que 4 000 semaines à vivre » (Oliver Burkeman). Cette prise de conscience rend chaque instant précieux.
10 lois pour un équilibre hédoniste
- Je donne sans m’oublier (éviter le sacrifice de soi).
- Je travaille sans m’épuiser (le burnout est l’ennemi du plaisir).
- J’aide sans me sacrifier (le sauvetage des autres n’est pas de l’amour).
- Je m’engage sans perdre ma liberté.
- J’écoute les autres sans me nier.
- Je prends soin des autres en commençant par moi.
- J’aime sans me perdre dans l’autre (la fusion tue la joie).
- Je choisis la voie du milieu (ni ascétisme ni démesure).
- Je savoure l’instant sans m’accrocher à lui.
- Je célèbre le désir comme une fête, non comme un besoin.
3 pratiques pour incarner la sagesse hédoniste
1. L’art de l’instant présent
- Quand vous marchez, marchez. Quand vous mangez, goûtez.
- « Puis-je prolonger ce moment de plaisir de 30 secondes de plus ? »
2. Le scan corporel
- « Cette relation/activité me donne-t-elle de l’énergie ou m’en prend-elle ? »
3. Le jeu et la curiosité
- Explorez de nouvelles activités (chorale, danse, écriture…) sans pression de performance.
En conclusion : le plaisir comme art de vivre
La sagesse hédoniste n’est pas une recette magique, mais une pratique quotidienne : – Ôtez (les fausses croyances, les objectifs toxiques, les dépendances). – Ajoutez (de la légèreté, de la curiosité, des moments de présence). – Acceptez (les limites, l’impermanence, la frustration).
Le vrai bonheur ? C’est cesser de croire au bonheur absolu – et savourer, à la place, les miettes dorées du présent.
🎥 Pour approfondir : ma conférence sur la sagesse hédoniste
👉 Regardez la vidéo complète ici pour explorer ces concepts en profondeur et découvrir des exercices concrets pour cultiver un plaisir conscient au quotidien.
Et vous ? Quel est votre rapport au plaisir aujourd’hui ? Avez-vous tendance à le fuir, à en abuser, ou à le savourer avec justesse ? Partagez votre expérience en commentaire – je réponds à chacun d’entre vous.
Avec toute ma bienveillance, Véronique Kohn Psychologue & psychothérapeute spécialisée en relations amoureuses « `