amour-passion

L’été arrive, la saison est encline aux nouvelles idylles, notre biologie interne rythmée par les saisons se réveille. Une envie de se déployer, de chauffer nos corps sous le soleil ; la plage et les soirées tardives à l’extérieur favorisent les rencontres et les aventures amoureuses de l’été.

Qui ne peut se targuer d’avoir eu des amours estivales colorées par des souvenirs mémorables ou au contraire emprunts d’une amertume si la relation s’est avérée éphémère ?

Quelle anticipation je pose sur l’été qui s’approche ? Ai-je conservé une envie de laisser les possibles s’offrir à moi ou suis je réticent à l’idée d’une relation trop brève et perdue d’avance ?

Comment puis-je garder le pétillement relatif à la saison estivale pour vivre totalement mes amours d’été si l’occasion se présente avec légèreté en laissant faire la vie si elle décide que la forme se prolonge dans la durée.

A mon sens, toute rencontre se doit d’être vécue au lieu de s’en priver par des a-prioris négatifs, mais elles ne prennent pas la même forme, et elles ne seront pas toutes amenées à perdurer dans la durée. Cette équation ne peut être définie par avance.

Si j’attends trop de la relation, si je tiens à construire une relation stable, je m’empêche de vivre ce qu’il y a de précieux dans chaque rencontre, car j’y apporte une attente qui met de la lourdeur et du sérieux par avance ; et si à l’opposé je ne crois plus du tout à la rencontre parce qu’elle n’est que saisonnière ou passagère, une amourette d’un été, comme l’on dit ; alors de nouveau je projette un schéma anticipatoire qui pèse autant, aussi enfermant.

Alors comment se rendre disponible le plus possible à l’instant, et se sentir libre des enjeux de la relation ? Puis-je décider de moins projeter par avance ce que je veux ou ce que je ne veux pas, et laisser libre à cours à tous les possibles ?

Pour certains, l’idée d’une rencontre estivale va réactualiser l’inhibition d’aller vers un nouveau partenaire séduisant.

Sortit de sa tanière de l’hiver, aller au devant des rencontres, encore faut-il oser. De nouveau suis-je capable de séduire ou de faire un pas vers l’autre sans y mettre des enjeux ? Sans avoir peur d’être rejeté et de renforcer ainsi une faible estime de moi.

Si je veux m’adonner aux amours estivales avec légèreté et profondeur, je dois aussi apprendre le jeu de la fusion-défusion, plus je sais défusionner avec facilité ne perdant pas mon ancrage, mes bases si l’autre ne donne pas suite ou s’il habite loin de chez moi, plus je peux jouir de chaque saveur précieuse des moments amoureux si intenses de l’amour d’été.

Un challenge qui nous est souvent commun : allier la légèreté à la profondeur.

Profiter du jeu de l’amour qui se dessine par la joie de la séduction, de la curiosité à découvrir un nouvel élu du cœur, goûter à la sensualité exacerbée par l’été sans tomber dans le piège d’être hypnotisé et souffrir à l’avance d’une ombre future, ce qui ramènerait à gâcher sa rencontre estivale à dérouler un film pessimiste dans sa tête parasitant le ciel lumineux de l’amour entre les êtres.

L’amour qu’il se vive en été, en hiver, à l’automne est toujours disponible en soi déjà et avec l’autre ensuite. Il fluctue aussi sans cesse comme le lit d’une rivière, et nous transporte d’énergie si l’on cesse de vouloir le conserver, le garantir, le figer ou l’éviter pour ne plus souffrir.

L’été est plus propice aux amours, notre physiologie s’apprête à jouer le jeu de la rencontre comme dans le règne animal, pouvons-nous honorer la vie qui nous traverse en jouant le jeu de la rencontre pleinement, totalement sans projet dans le futur et laisser les événements se construirent au fur et à mesure ?

Véronique Kohn, 24 février 2016