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On n’imagine pas combien nos tendances, nos goûts, nos fantasmes, nos jeux sexuels parlent de nous, de notre expression singulière mais aussi de nos conflits intra-psychiques.La psyché humaine est si complexe, nous sommes pétris de multiples facettes à l’intérieur de nous qui se contrarient, s’opposent et opèrent parfois de véritables conflits.

Si la colère ou l’agressivité est vécue comme une forme de violence donc interdite, il se peut que la sexualité devienne un terrain privilégié pour l’exprimer mais de manière ok.

Libérer l’énergie animale (premier chakra) dans la sexualité est acceptable par la plupart d’entre nous, alors que d’exercer de la violence sur autrui ailleurs que dans la sexualité peut être fortement réprimé par l’instance du Surmoi (l’instance du bien et du mal)

Par ailleurs, si l’image idéale forgée est d’être un être délicat, romantique, et aimant (chakra du cœur) et que pendant l’acte sexuel emporté par l’espace pulsionnel, le partenaire ou soi même évalue l’énergie sexuelle brute comme quelque chose de brutal ou de violent, de nouveau un conflit se fait sentir entre ce qui est naturel et ce qui ne devrait pas. Nos jugements peuvent amener des inhibitions dans la sexualité.

Pudeur, peur d’être envahi, brutalisé sexuellement que ce soit pour un homme ou une femme parle souvent de nous, de nos blessures antérieures.
Les dysfonctionnements sexuels sous forme de symptômes parlent aussi de nous.

Parfois la frigidité pour les femmes, ou l’étroitesse vaginale, sont des symptômes révélateurs de la peur de la violence du sexe opposé et renvoie aux relations primaires traumatiques avec des scènes d’intrusion et d’abus conjuguées d’association entre sexualité et danger.

Et sur ce terrain de la relation intime, impossible de le cacher car ce n’est pas la volonté qui décide qui se loge dans la partie la plus récente de notre cerveau (le cortex préfrontal) mais au contraire le symptôme prend le relais pour exprimer une protection contre un danger potentiel (analysé par le cerveau reptilien).

Il y a une intention ici d’avoir une sexualité épanouie bien souvent et un symptôme qui montre une tension non conscientisée et surtout non résolue.

Il en est de même pour l’éjaculation précoce qui souvent est associée à des traits perfectionnistes, puisque ne pas pouvoir se retenir est souvent à la hauteur de la pression liée à l’enjeu de performance d’être un bon amant (à la hauteur de l’évaluation de ce que doit être un bon amant) : en finir vite inconsciemment pour faire cesser le conflit entre « j’ai envie de bien faire et je n’y arrive pas »

L’impuissance parle aussi de la même chose, peur de ne pas être à la hauteur bien souvent, même si un symptôme doit être considéré dans un ensemble de causalités.

Les symptômes révèlent nos conflits intra-psychiques, les tendances et les goûts révèlent notre personnalité.

Préférons-nous une sexualité plutôt classique ou au contraire plutôt exploratrice ?

Certains vont privilégier la sexualité avec le même partenaire pour approfondir le lien ou pour se sentir en sécurité et explorer à deux des jeux sexuels mais la sécurité ici prévalue sur l’inconnu. D’autres vont préférer explorer la sexualité en groupe pour découvrir d’autres horizons.

De nouveau, certains aiment le connu et s’y trouve à l’aise d’autres préfèrent le changement, explorer . Ce sont des marqueurs des traits de notre personnalité qui se glissent dans d’autres domaines, peur ou attrait de l’inconnu et du changement ?

Et les pratiques sexuelles ?

Certains aiment introduire des jeux SM (fessée, cordes, laisses et autres gadgets) , le milieu SM se démocratise et devient parfois un terrain artistique comme le bondage et les cordes qui rencontrent un franc succès à l’heure actuel dans les pays développés.

Une mode ? Sade le premier à avoir écrit sur les relations sado-masochistes met le premier l’accent sur la relation entre sexualité et traits de personnalité.

Avez-vous des traits masochistes ou sadiques ? Ou les deux ?

Est-ce que la perversion sexuelle est une déviance et jusqu’où au contraire elle permet de défouler des charges pulsionnelles nécessaires à la personne pour éviter un vrai passage à l’acte beaucoup plus redoutable dans la vie ordinaire?

Quel est le curseur entre jouer à un jeu sexuel et véritablement devenir un pervers ?

Pour aborder le sujet des perversions, est perverse toute personne qui dévie le sexe pour des causes a-morales, perd le contrôle de ses pulsions sexuelles sur des personnes non consentantes. Comme le viol, la pédophilie, la zoophilie, l’exhibitionnisme, le voyeurisme.

Quelle est la frontière entre la véritable perversion et des attitudes étranges mais non perverses ? Considérons que tout penchant a comme fonction de résoudre un conflit intra-psychique.

Une femme vient consulter un jour horrifiée par des conduites définies comme déviantes de son mari, un jour en rentrant du travail, elle le trouve en pleine séance de se travestir en femme, talons aiguilles, maquillage et taxe son comportement de pervers. Lui si macho, viril par ailleurs y compris dans la sexualité qu’il lui proposait se transforme en objet de désir féminin. On peut imaginer que de se maintenir toujours en homme viril demande de beaucoup d’énergie. Sa sexualité a priori étrange pour sa femme qui ne le connaît nullement sous cette angle a pour fonction de permettre ici de se dégager du besoin de tout contrôler.

Plus les conduites se pratiquent en cachette, plus on peut imaginer que la peur d’être découvert est présente. Se masturber, visionner des films pornos, se travestir, de quoi la honte parle de notre manière de vouloir présenter au monde une facette bien conventionnelle de nous même et de dissimuler des attitudes que nous jugeons inacceptables par la société et en particulier à notre partenaire.

Mais combien d’entre nous s’adonnent à des conduites occultes?

Ce qui indique notre relation au couplage entre sexualité et honte. Ou sexualité et être sale.

Se cacher en dehors du regard du monde extérieur pour s’autoriser des pulsions jugées transgressives, mais qui juge ?

Le fétichisme indique un transfert sur un objet devenu chargé de pulsion excitatoire.
Le voyeurisme cherche à s’exciter en regardant, l’exhibitionniste à s’exciter en se montrant. Tous ces fantasmes sont transgressifs , en général les mettre en acte de façon répétée amenuisent l’aspect transgressif et les rend tièdes.

Pourquoi certains ont besoin d’occuper le terrain de la sexualité par beaucoup de fantasmes et d’autres moins ?
Fantasmer permet de garder des zones interdites et de conserver la charge sexuelle forte. Ils développent l’excitation. Et le contenu du fantasme révèle notre scénario de vie.

Si le fantasme porte sur un ou une rivale, la comparaison fait monter l’enjeu d’être choisi, la jalousie devenant le moyen de maintenir l’excitation.

Si j’aime m’exhiber, je mets à jour le besoin d’être désiré par la plupart, je répare le manque d’encouragement vécu dans l’enfance.

« Parle moi du contenu de tes fantasmes et je te dirai qui tu es.. »

Que reproduisons-nous des scènes d’enfance à travers la sexualité ? S’il y a eu des abus, du forçage, de la maltraitance par un parent autoritaire , on peut imaginer un adulte ayant le goût ou le besoin de reproduire ces scènes.

Ou au contraire de les éviter à jamais, en allant parfois jusqu’à devenir a-sexuel (sans sexualité)

Alors pourquoi certains sont-ils addicts à la sexualité alors que d’autres peuvent se contenter d’un rapport de temps à autre ?

Qu’est-ce que cela dit de nous ? le goût de la chair s’associe certainement au gout de l’incarnation, de faire vivre notre sensorialité totalement. Les kinesthésiques vont être à l’aise avec ce mode de relations, les cérébraux ont plus de mal à entrer en relation avec le corps.

En fonction des besoins les goûts vont émaner.

Et la sexualité dite tantrique? Et qu’en est-il du slow-sex très à la mode en ce moment?

Là où le transport sexuel ouvre une porte mystique vers des états de conscience élargie où le Moi se dissout, alors que le partenaire disparait pour embraser un espace d’unité, tout semble parfaitement à sa place dans la plus totale imperfection de notre réalité.

Pour ceux qui deviennent addict à ce type de sexualité en rejetant ou méprisant celle qui est plus ordinaire, n’est-ce pas une manière de se distinguer comme faisant partie d’une élite raffinée qui accède elle à l’absolu, au divin, par le rapport sexuel? Ne serait-ce pas un tour de passe passe de notre égo qui préfère une image de marque élevée que bassement ordinaire..?

Et à la clé une légère addiction au transport tantrique où le partenaire devient l’instrument pour goûter ce type d’espace?

En résumé, nos tendances à aborder la sexualité ne parle que de nos besoins, de nos préférences, de notre manière de nous percevoir, de nous donner des permissions, de pouvoir se mettre au monde de manière singulière dans ces espaces privés.