Article Le Célibat

Il fut un temps où il n’était pas très convenable de rester célibataire, les femmes étaient taxées de «vielle fille», il y a même la fête «des Catherinettes» qui témoignent de cette époque révolue.

Aujourd’hui, beaucoup d’entre nous passent par une période plus ou moins longue de célibat, entre deux couples, ou avant de se mettre en ménage, et il n’est pas question de regarder cela d’un mauvais œil, c’est devenu la norme. Le mariage est devenu le point culminant plutôt que la pierre angulaire selon les chercheurs du projet Knot Yet, une décision qui se prend sérieusement après avoir suffisamment batifolé en période de célibat.

Comme si le célibat était propice à de la légereté alors que le mariage ou concubinage était vu comme un acte sérieux, d’engagement et donc un passage du droit aux obligations, un renoncement aux désirs individuels comme l’infidélité en témoigne et ses conséquences de trahison.

Mais est-ce si vrai que le célibat est léger et le mariage sérieux ?

A vrai dire, les célibataires veulent se mettre en couple et les couples veulent redevenir célibataires bien souvent.

Etes-vous un célibataire refroidi par la relation avec des petites manies et vous vous sentez vite intrusé ou encombré ou faites-vous partie des célibataires actifs sur le marché de la rencontre ?

Vu l’augmentation des sites de rencontre en tout genre, les célibataires sont à la fête. Que font-ils ? Un véritable business. Pour rencontrer et faire couple, pour consommer et combler le manque affectif ?

Les femmes célibataires sont aussi appelées « les célibattantes » de nos jours.

Le célibat des hommes est plus conventionnel, plus admis, et d’après ce que l’on entend, on dit d’eux qu’ils trouvent vite une remplaçante, n’appréciant pas la grande solitude.

Qu’en est-il du célibat et de la solitude?

Le célibat après rupture pose la question d’une expérience salutaire pour traverser la solitude existentielle. Elle peut être vécue comme source de vide angoissant avec la ribambelle des addictions pour y échapper.

D’ailleurs il existe une injonction massive pour ces temps de célibat à se reconstruire en face à face avec soi, on voit beaucoup de posts sur les réseaux sociaux concernant l’amour de soi mode d’emploi.

Alors vive le célibat ou au contraire est-ce un symptôme de la faillite du couple traditionnel?

Vive le célibat:

Vive le célibat crient certains, on vit à son rythme, on n’a pas à s’asphyxier avec les tensions de la relation amoureuse, ouf quel soulagement !, on sort avec qui on veut et pas de compte à rendre. Ok, je vis seul mais mieux vaut être seul que mal accompagné..comme dit le dicton.

Vive le célibat, un temps de respiration, plus jamais de souffrance occasionnée par un état amoureux stupide qui m’a mis en dépendance, restons vigilant et laissons aux autres les passions et son lot de souffrance.

A bas le célibat:

Le célibat, tout sauf ça ! C’est un choix par défaut, on a tous envie d’être en bonne compagnie non? Un vrai compagnon de route pour nous soutenir en temps difficile ! Il n’y a que ça de vrai, mais il faut s’engager et faire des compromis, alors pourquoi rester célibataire et individualiste, le plus beau geste est l’acte de don de soi vers un autre que soi. Les sacrifices sont de l’ordre de la maturité, soit on s’engage et on accepte les limites qui prennent le chemin d’une vie organisée, soit on persiste comme un adolescent.

Et entre les deux? Mon coeur balance:

Est-ce possible d’envisager un entre deux? Entre un célibat individualiste et un engagement qui restreint trop et bride la vice à nos désirs? Un célibat en couple est-ce possible? Telle est la question pour trouver un nuancé au lieu de partir dans les extrêmes..

Je viens de trouver ce texte de Christiane Singer qui souligne la même idée  de cet entre deux à créer, très beau texte je vous le partage

«Souvent la peur de l’engagement nous coûte cher et nous laisse errer libre certes, mais vide. Entre cette liberté si désirable et la relation vivante que notre nature appelle ardemment, le déchirement semble fatal. Je ne l’ai pas. Pourquoi notre rêve d’autonomie ne respirerait-il pas au coeur même de nos plus profonds engagements? Pourquoi dans un respect mutuel de nos rythmes et de nos lentes métamorphoses, ne tenterions-nous pas une loyauté nouvelle? Le mariage – et les alliances vieilles comme le monde – familles et communauté – qui volent en éclats aujourd’hui attendent d’être réinventées, modulées de neuf. Car en-deçà du bruit et de la fureur, l’histoire de notre humanité n’est qu’un lumineux tissu de solidarités secrètes.» Christiane Singer

Véronique Kohn, le 17 janvier 2019