Conférence Faut-il avouer ses infidélités?

Ah l’infidélité, ce sujet qui fait couler tant d’encre !

L’infidélité est un sujet de société, car même si on peut divorcer, l’infidélité est toujours d’actualité. C’est une des causes principales du divorce.

Quand je te choisis alors que j’ai déjà eu le temps d’explorer plein de partenaires amoureux et que j’exclus tous les autres, c’est qu’alors je vais me focuser sur toi. Il en découle une ambition romantique immense, tu deviens tout pour moi, tu dois être mon mari, mon amant, mon confident, mon amour, mon ami, celui qui va m’aider, me faire devenir la meilleur version de moi même, et si tu vas ailleurs c’est que tu n’es pas tout pour moi.

L’infidélité, ce que j’appellerais « la love affaire » dans mon jargon, est une problématique existentielle, qui parle du besoin de se sentir vivant comme nulle part à travers l’intensité que crée la sexualité et l’état amoureux, vivre en ENR comme disent certains, traduisez : l’énergie de la nouvelle relation.

L’infidélité c’est aussi un besoin de se retrouver une identité grâce à la force de la transgression quand justement on a le sentiment de la perdre dans un couple plan-plan, à travers une passion ou simplement une autre relation, c’est l’envie de se réaliser, ce fameux droit au bonheur lié à notre société de consommation qui autorise et légitime à suivre son désir.

Mais L’infidélité c’est aussi le fracas, la crise ultime, c’est une violation de la confiance, comme si tout ce qui a été dit ou partagé avant et après est à priori faux, douteux.

Tu m’as trahi et à partir de là, je ne te ferai plus jamais confiance, voir je mets en doute ta sincérité depuis toujours. C’est là où les traits parano se développent surtout si la base de la personnalité du partenaire trompé est déjà parano : pourquoi restes-tu avec moi si tu aimes quelqu’un d’autre ?

L’infidélité est en lien avec la monogamie. La notion de monogamie a évoluée : avant la monogamie c’était d’avoir une personne pour la vie maintenant c’est une personne à la fois.

L’homme n’étant pas par nature monogame », l’infidélité est une constante humaine indépendamment de la culture, de la géographie, de l’histoire de la société dans laquelle il vit.

Les gens trompent et pourtant veulent rester ensemble la plupart du temps, les deux partenaires du couple souffrent vraiment, ceux qui sont infidèles ne se comprennent pas eux-mêmes ; j’ai une liaison et pourtant j’aime ma femme, mon mari.

La tendance est de juger qu’à priori celui qui est trompé est la victime, il est trahi. La victime de l’infidélité n’est pas toujours la victime du couple, on ne peut pas savoir les motifs de l’infidélité puisque l’on ne connaît pas ce qui se vit à l’intérieur du couple, comme par exemple le rejet, la solitude, le manque d’intensité, l’humiliation, la non-communication, l’envie de quitter le navire bien avant l’infidélité du conjoint.

La crise sera soit un marqueur d’un couple à l’agonie, ou au contraire une possibilité de reconstruction sur de nouvelles bases.

L’infidélité peut concerner la réputation, la honte ensuite que les autres l’apprennent, et finalement se dire que si il ou elle reste avec moi, c’est que vraiment il (elle) m’aime pour qui je suis, que l’on aura pu gérer la crise ensemble, que l’on est vraiment partenaire sur le même bateau.

Avec l’infidélité vient la culpabilité et sans doute la peur d’avouer la faute commise, si tant est faute il y a.

Une question se pose souvent pour l’infidèle : est-il judicieux de dire la vérité ?

A cette question, la plupart des psys répondent par la négative.

La règle du “Il faut tout se dire” est une preuve d’immaturité, confirme Philippe Brénot, psychiatre et directeur d’enseignement en sexothérapie à l’université de Bordeaux-II. Faire part de toutes ses incartades, c’est refuser de se positionner en individu autonome et responsable. »

Martine Teillac, psychanalyste et sexologue, est encore plus radicale :

« Par l’aveu, le fautif se met en position d’enfant : il a été méchant, il quête le pardon. C’est aussi une façon de se donner bonne conscience, de se décharger du poids de sa faute en la faisant porter par l’autre. Surtout quand l’individu n’assume pas ses actes et qu’il insinue qu’il y a été conduit par le partenaire : “Regarde comme tu me rends malheureux, puisque j’en viens à te tromper”. »

Un peu excessif comme point de vue pour ma part, la tromperie au sens éthique-moral existe dès lors que l’on élude les questions de celui qui est angoissé ou de lui mentir dans un contexte où il vaudrait mieux parler.

Alors avouer si oui quand, comment et pourquoi ? Pour se déculpabiliser ? Pour générer un changement dans la relation de couple ? Pour redevenir la bonne personne qui suit la morale de vivre en vérité ?

Si l’on n’avoue pas, qu’est-ce qui motive à garder le secret, qui préserve t-on en fait ?

On entend certains dire que toute vérité n’est pas bonne à dire et d’autres prétendent au contraire que le mensonge est amoral, alors qu’en est-il ?

Tout le monde est contre l’infidélité mais tout le monde trompe, en tous les cas, la majeure partie de ceux qui sont en contrat d’exclusivité. Et même ceux qui sont en contrat libre ont un jardin secret et arrivent à se tromper !

L’infidélité existe depuis que le mariage a été inventé. C’est même le commandement qui est répété par deux fois, on voit bien comme le mot infidélité est chargé d’affects.

C’est à la fois très très interdit et à la fois très très pratiqué, l’homme est un animal curieux n’est-ce pas ?

Autre chose : il n’y a pas de définition sur ce qu’est l’infidélité, ça peut aller d’une relation sur site, virtuelle, tchat, messages coquins, films pornos, amitiés sensuelles…

Esther Perel propose trois ingrédients pour définir l’infidélité : le secret, l’alchimie sexuelle et une part d’affectif.

La première chose que je souhaite pointer ici est que la conséquence de l’aveu oblige les partenaires à faire un point sur leur relation, à mettre carte sur table comme on dit. Pour l’infidèle, il va faire un zoom et s’arrêter plus longuement pour examiner les raisons de son infidélité, et pour celui qui est trompé d’envisager de revoir la relation dans son ensemble. Cette crise est salutaire, comme toutes les crises, si on veut faire une recadrage positif, on peut ainsi utiliser ce moment chaotique pour remettre de l’ordre.

Peut-être que c’est justement l’occasion d’aborder les frustrations sexuelles ou autres, qui ne sont pas toujours nommées. Certains préfèrent ne pas blesser l’autre et ne rien dire ou pensent ne pas obtenir quelque chose de différent avec ce partenaire.

Elle oblige à aborder un sujet tabou qu’à la place de la sexualité dans le couple, si celle-ci est satisfaisante ou pas, mais pas que, parce que bien souvent transgresser le pacte de fidélité est aussi une manière de se rassurer sur sa capacité de séduction, savoir qu’après tant d’années de couple, on plait encore à l’extérieur, ça fait du bien pour l’ego.

Et que dès lors que la routine s’installe ou que le partenaire est acquis, l’amant(e) rend la vie plus intense, plus colorée, plus chouette quoi ! C’est comme une drogue et ensuite on ne peut plus se passer de ces petits moments d’intensité..un sentiment de ne pas rater sa vie.

N’oublions pas que la sexualité nous rend vivant, c’est l’un des critères le plus souvent énoncés par ceux qui se posent la question de ce qui est touché profondément pendant l’acte.

En même temps, comme la plupart des couples long terme vivent des histoires d’infidélité à un moment de leur vie de couple, cela concerne presque tout le monde et non pas que certains qui seraient soi disant des accrocs au sexe et narcissiques défaillants. Au départ, ils ne sont pas « des dons juans », ou des « dons juanes » (il y a aussi des femmes pas que des hommes qui trompent), ils sont sincèrement monogames mais tiraillés avec cette affaire du désir qui les emporte, les dépasse ..

On est des êtres de contradictions :

On dit que l’on est d’accord sur le fait que s’il nous ment c’est blessant mais si c’est nous qui sommes à l’origine de l’infidélité, on trouve plus juste de ne pas dire la vérité.

On est jaloux et possessif quand à notre partenaire mais quand il s’agit de nous, ça nous paraît beaucoup plus simple de vivre d’autres histoires. Sur ce point, certains osent même réclamer la fidélité alors qu’ils s’autorisent l’infidélité sans trop de culpabilité.

Pour ceux qui n’osent pas avouer.

Ce n’est pas simple de mentir, on cache un bout de notre vie intime secrète à celui qu’on aime, on aimerait bien pouvoir tout dire et pourtant on n’y arrive pas, ce n’est pas simple de garder le secret, car une fois que l’on a commencé à mentir ensuite on s’enfonce encore plus dans le mensonge, sinon la petite voix intérieure qui juge que l’on est une mauvaise personne risque de payer cher tous ces mensonges, ces transgressions…C’est un cercle vicieux, on ne peut plus revenir en arrière, on ne veut pas aggraver notre cas..

Le déni d’une partie de soi s’opère pour gérer bien souvent, ceux qui font comme si ça n’existait pas, et font en sorte que tout va bien dans le meilleur des mondes.

On se ment à soi même, ça permet sûrement de soutenir la culpabilité ou la peur de créer des vagues.

Mais pourquoi mentir ? On l’a vu l’infidélité va avec le secret, et garder un secret est précisément ce qui intensifie la charge érotique. Rappelons-nous : il y avait un plaisir, enfant, à savourer et à cacher certaines choses, cela nous procurait un sentiment de pouvoir, d’invulnérabilité et de liberté.

Peut-être est-ce aussi ces raisons inconscientes qui maintiennent le mensonge.

Et puis pourquoi blesser inutilement? Pourquoi mettre en péril une relation pour une « love affaire »? Encore plus s’il y a des enfants en jeu. On compartimente, une vie ici, une vie là-bas, comme un dédoublement de personnalités.

Et puis avec le temps, « la love affaire » va peut-être se stopper d’elle-même pense l’infidèle, comme beaucoup de relations liées à l’intensité de la nouveauté, elle finira bien par s’épuiser, sauf que parfois elle dure, elle dure…des années.

Il y a aussi le cas de celui qui n’ose pas avouer mais qui laisse trainer des indices malgré lui, genre son téléphone portable, ou d’autres infos sans trop réfléchir, comme si une partie veut faire savoir la vérité et une autre n’en a pas envie, préfère se taire, mais son inconscient parle pour lui.

Le risque évalué de faire exploser le couple, de trahir la confiance, de faire souffrir, de se retrouver en posture de bourreau est parfois si intenable que garder le secret est l’option choisie. Je dis bien évalué parce que ce n’est pas toujours vrai. Ce que l’on imagine de terrible dans l’anticipation de l’aveu est à vérifier, soit effectivement il(elle) n’a pas les moyens de gérer la non exclusivité plus la trahison lié au mensonge soit elle peut le dépasser, et l’absorber souvent à l’aide d’une thérapie ou d’un soutien extérieur.

Sur ce sujet de la capacité à gérer ce stress « d’une love affaire », une enquête montre que côté femmes, elles supportent relativement bien l’infidélité tant qu’elles restent la préférée, persuadées d’occuper la place centrale, l’autre n’étant qu’un objet interchangeable.

Voilà un exemple de tiraillement  qui incite à ne pas avouer :

Comment ai-je pu déclamer haut et fort en début de relation que sincèrement j’étais heureux d’être l’élu de ton cœur, ton unique, ton seul, et que je souhaiterai l’être pour toujours et que j’en suis arrivé à passer à l’acte, à suivre mon désir, et à te tromper à l’instant T+1 ? Incompréhensible parfois même pour l’auteur de ces actes, mais à notre époque nous somme pris en étau entre l’idéal romantique d’un couple où on est tout l’un pour l’autre et la pressante envie de suivre nos désirs, de vivre tout à fond, de ne rien manquer, d’avoir droit au meilleur pour soi.

Pour celui avoue

Pourquoi avoue-t-on ?

 – Déjà un soulagement de se dire, de tout dire, d’arrêter de garder le secret, et de se sentir malhonnête. Et puis c’est un acte courageux, c’est sortir de sa zone de confort que d’avouer.

L’image de soi peut alors se rétablir. A force de cacher des relations sexuelles, un sentiment d’isolement, une honte de soi apparaît, voir un dégout de soi. Compartimenter sa vie, le cliver est une forme de dissociation.

– Une envie oppressante de cesser de se renier, parfois de s’être sacrifier pour l’autre, ou pour la famille, sentiment de s’oublier, de s’adapter à l’autre alors qu’en fait ce n’est pas du tout vivant, trop de temps consacré à faire comme si, à jouer un personnage qui n’est pas soi devant quelqu’un qui est censé nous aimer mais ne peut juste pas nous accueillir à cet endroit. En thérapie, si le couple consulte, on l’aidera à voir combien celui qui s’est suradapté est responsable de sa passivité.

– Pour tester l’amour : il dit qu’il m’aime, est-ce vrai ? Si j’ai une liaison m’aime-t-il pour moi ou pour lui ? En même temps tester son amour est une façon de rencontrer les limites : les miennes et les siennes, et si effectivement nos valeurs, nos besoins ne sont pas négociables avec les siens, alors il faudra peut-être envisager une séparation, ou un arrangement différent de ce qui a été.

-Quand le mensonge étouffe, et la norme sociale rajoute bien qu’il est mal de mentir.

Même si vous serez soulagé sur le moment, il faudra en assumer les conséquences.

A quel moment n’est-il pas opportun d’avouer ?

  • Si vous voulez vous déculpabilisez en avouant,
  • Si vous souhaitez éviter la phase chaotique mais à mon sens ce n’est qu’un ajournement, des secrets de « love affaires » se dévoilent parfois bien des années après, et là c’est pire..
  • Quand les deux partenaires sont débordés émotionnellement parce que ce qui sera dit ne peut pas être pris avec distance, l’Etat du Moi Adulte n’est pas assez présent, et le résultat peut être catastrophique.

Comment ?

Mais avouer ne veut pas dire donner tous les détails ex : je lui ai fait ceci, elle m’a fait cela, j’ai vraiment trouvé l’extase, simplement parce que le partenaire qui demande toute la vérité, en vérité, ne peut généralement pas l’assumer, c’est plus une attitude masochiste punitive, il se dit que si il(elle) regarde ailleurs, c’est qu’il est nul(lle).

Vous l’avez noté, certains gèrent plus ou moins le paquet cadeau reçu, le digèrent et pardonnent.

Celui qui souffre c’est qui ? Et bien ce sont les deux en fait, et pas que celui qui est trompé.

Et après ?

Même s’il avoue, ensuite il y a la peine à faire de la peine, à se sentir impuissant à exprimer son attachement à celui qu’on a choisi comme partenaire principal, à être incapable de le rassurer à la hauteur des besoins de celui qui se sent hyper insécurisé. De voir justement comment est-ce possible de le rassurer sur la place qu’il a dans votre vie.

Il s’agit de rester en empathie, pour l’autre mais aussi pour la part de soi qui ne pouvait pas faire autrement que de garder le secret et qui avait aussi ses raisons.

A quel moment est-il opportun d’avouer ?

Chaque cas est différent, mais c’est surtout lorsque l’on pressent que ce n’est plus possible de continuer ainsi, qu’il faut qu’un changement s’opère expressément.

En parlant, même si ça bouscule tout au moins, ça fera bouger quelque chose dans un sens ou dans l’autre, et le risque de perdre l’autre est presque moins grave que la tension à garder le secret.

Ensuite il faut titrer, ce qui signifie dire ce qui peut être entendu et voir si votre partenaire a suffisamment de ressources pour contenir le stress, tout dire avec trop de détails pourrait être une manière de vous débarrasser on l’a vu, trop peu est encore une manière de mentir, ni trop dire ni trop peu non plus, à vous d’évaluer….

Y a-t-il une différence entre une femme qui avoue et un homme qui avoue ?

Le patriarcat a favorisé une représentation légitime d’un homme infidèle, sous tendu par des théories sur la virilité qui justifiait leur penchant pour la bagatelle. Pour les femmes, au contraire le danger d’être infidèle est énorme, tomber enceinte, être humiliée, être violentée, brulée voire de mourir. C’est toujours vrai dans pas mal de pays, donc avouer pour un homme est presque plus légitime qu’une femme, on peut se dire que si c’est un homme c’est normal, une croyance connue est celle-ci :  les hommes ont du mal à contrôler leurs pulsions sexuelles. On pensera plus facilement qu’une femme qui avoue, c’est qu’elle est déjà prête à partir, on prête aux femmes une part plus affective, être infidèle pour une femme c’est grave au sens gravité du problème. En fait, si on regarde bien homme ou femme, il ne devrait pas y avoir de différence, c’est toujours la manière dont on regarde la situation qui change tout.

Sur ce sujet de la capacité à gérer ce stress « d’une love affaire » à l’extérieur du couple, une enquête montre que côté femmes, elles supportent relativement bien l’infidélité tant qu’elles restent la préférée, persuadées d’occuper la place centrale, l’autre n’étant qu’un objet interchangeable.

Conclusion

Avant de poser de façon péremptoire, non il ne faut pas avouer, oui il le faut, il est important de savoir que chaque couple est unique, chaque cas différent, que les fantasmes, la rivalité sexuelle est vécue différemment par les uns et les autres, que l’on ne peut générer de règles universelles sur cette question.

J’ai hésité sur le titre même de l’article, dès qu’il est question d’aveu il est question de fautif, et on ne peut parler de fautif ou de coupable même si c’est vu ainsi, parce que chacun fait de son mieux dans la vie, tiraillé entre ses attachements, ses désirs, ses peurs, ses représentations de l’amour et de la sexualité, ses modèles parentaux, sociétaux et culturels. Mais j’ai gardé ce titre là parce qu’il parle au grand public. N’oublions pas que l’adultère, l’infidélité est très connoté pêché lié au prisme des religions. Mais le regard simpliste qui consiste à accuser sans voir la complexité des facteurs qui conduisent à l’infidélité manque d’objectivité.

Véronique Kohn le 23 décembre 2018