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https://www.aufeminin.com/vie-de-couple/comment-savoir-si-on-est-amoureux-s4018037.html

 

par Adèle Breau pour auféminin.com

Qu’il soit apparu il y a quelques heures ou des décennies, le mystère de l’amour qu’on porte à un autre être ne cesse de nous interroger. Est-on vraiment amoureux ? L’est-on toujours ? Et si on désire moins, peut-on encore parler d’amour ? Plongée en love story.

S’il est un sujet qui traverse les époques, les bouleversements sociétaux et les frontières, bref, s’il en est un qui unit les Hommes à travers l’espace et le temps, c’est bien celui de l’amour. Qu’on l’expérimente à l’âge du premier baiser, qu’on le découvre alors qu’on ne l’attendait plus, qu’on s’interroge sur son rôle dans le couple, sa capacité à renaître ou la place qu’il occupe dans le large éventail de nos sentiments, la question du ressenti amoureux subsiste. Quels sont les signes qui « prouvent » qu’on est amoureux ? Comment ne pas confondre cet état avec d’autres sentiments ? Peut-on être amoureux toute sa vie ? Nous avons interrogé Véronique Kohn, psychologue et psychothérapeute, spécialiste des relations amoureuses, afin d’y voir plus clair.

L’amour dans le temps

 

Si l’amour a toujours existé (et notamment l’amour maternel, par exemple), celui de l’amour dans le couple n’a pas toujours été induit. Au temps des Cro-Magnons et jusqu’à il y a peu, être amoureux pour se reproduire n’était pas un sujet. Longtemps, les mariages ont été organisés par papa-maman, on se mettait à la colle pour arranger financièrement deux familles, agrandir les terres ou faire de beaux héritiers. Et personne, et surtout pas les femmes, n’avait son mot à dire. Alors, tomber sur « la bonne personne », vivre une histoire passionnelle avec elle, ça relevait du coup de bol, comme nous l’explique Véronique Kohn. « Avant le 19e siècle, on ne rêvait pas d’amour romantique. Ca n’était pas au goût du jour. On ne se posait pas la question. L’amour a toujours existé entre les êtres mais ça n’était pas dogmatique, on ne se choisissait pas. »
Aujourd’hui, et c’est tant mieux, le mariage, pas plus que le fait de fonder une famille, n’est plus une injonction sociétale ni un objectif de vie. En revanche, tomber amoureux d’un homme, d’une femme, de plusieurs personnes à la fois, et vivre cet amour de manière « traditionnelle » ou à distance, de façon régulière ou intermittente, demeure un fantasme entretenu par les fictions, certes, mais aussi par le besoin d’expérimenter ce grand mystère dont parlent ceux qui l’ont expérimenté des étoiles dans les yeux.

Les signes qui montrent qu’on est amoureux

Coup de foudre ou amour qui s’épanouit, les débuts de la rencontre amoureuse sont synonymes de bien des bouleversements physiques communs aux personnes qui « tombent » littéralement en amour. Si l’on parle de « tomber », c’est parce qu’un effet de lâcher-prise total envahit les hommes et femmes touchés par la flèche de Cupidon, comme une douce ivresse qui les ferait appréhender l’Autre mais aussi leur environnement habituel sous un filtre cotonneux. Cœur qui bat la chamade à l’approche de l’être aimé, légères palpitations (les fameux « papillons dans le ventre »), impression d’une énergie déployée, tremblements…, lorsqu’on est amoureux, le corps envoie des signaux que la tête ne peut ignorer. D’autant que, bien souvent, celle-ci est alors entièrement occupée à gérer le sujet, laissant peu de place à d’autres préoccupations, au grand dam, souvent, du malheureux entourage de l’amoureux, délaissé pour un temps. « Le coup de foudre, c’est à la fois mental et hormonal. Et puis, il y a un désir de fusion chez les êtres humains, de se compléter avec l’Autre depuis le mythe de Platon. La projection mentale contribue à l’émotionnel qui contribue aux sensations, au désir. Tout ça joue ensemble comme une partition », explique Véronique Kohn.

L’Autre accapare alors nos pensées et devient une priorité. Impossible de confondre ce sentiment avec une amitié, fût-elle amoureuse, tant les sensations des premiers temps de la cristallisation de l’amour sont particuliers. Le nom de l’être aimé revient à tout bout de champs, c’est fou comme on aime parler de lui, et comme chaque discussion nous semble matcher avec notre sujet de conversation préféré. Et, si autrefois, on trainait sous les fenêtres de l’élu de notre cœur, ou qu’on refaisait cent fois le tour de son pâté de maison pour tomber sur lui « par hasard », aujourd’hui, on squatte ses réseaux sociaux. Bref, le filtre amoureux fait son œuvre et tous les petits riens ordinaires de notre quotidien devient alors extraordinaires. On comprend que ce miracle gratos bien plus sain et accessible qu’une plaquette de pilules du bonheur suscite des convoitises. Au point que certains, plus amoureux de l’état que de l’être en face, aiment se convaincre qu’ils sont amoureux. Sans que ce soit forcément vrai…

Les signes qui montrent qu’on n’est pas amoureux

« On est souvent amoureux de notre état amoureux. L’Autre n’existe alors pas vraiment en tant qu’individu. Il est support de notre état amoureux pour nous faire vibrer mais en fait, on se fait un film. L’état amoureux est une sorte de drogue. Il y a des tas de personnes qui ne supportent pas de passer de l’état amoureux à l’amour, à un attachement un peu plus tiède, davantage dans le soutien, le besoin de sécurité. Ceux-là vont sans cesse changer de partenaire pour se sentir vibrer », explique l’experte. Ces amoureux de l’amour, incapables de passer de l’amour passion à l’amour « de tous les jours », partent souvent sans prévenir, dès lors que le quotidien, l’arrivée d’un enfant ou la fuite du désir des premiers temps s’installent.
D’autres confondent état amoureux et dépendance. Souffrance et émotions. Pour eux, une relation de couple ne peut qu’être synonyme de jalousie, de colère, de peur panique de perdre l’autre. Pour eux, les fameux papillons ne peuvent s’apparenter qu’à la douleur de l’incertitude. Mais si raison et sentiments font souvent mauvais ménage, il faut prendre le temps d’analyser et de mesurer le bonheur, la confiance et le plaisir que nous apportent notre histoire. Car l’amour (et même la passion, pas forcément négative) reste un sentiment positif, une chance incroyable qui épanouit les êtres, et pas un sentiment qui éloigne des autres et de soi-même. Véronique Kohn reçoit dans son cabinet bien des êtres en proie à la dépendance affective, incapables de se passer de cette transe passionnelle qui n’a plus grand chose avec l’amour et les mine. Lorsque, à chaque nouvelle rencontre, on a tendance à aller toujours vers ce type d’histoire, et à ne jamais être capable de passer à l’amour confiance, il est bon de faire un travail sur soi, au risque de ne jamais connaître ce sentiment merveilleux qui occupe tant les esprits. Le choix peut alors être d’envisager la rupture, aussi douloureuse soit-elle, pour se défaire de cet ersatz d’amour qui empêche, et permettre d’autres rencontres plus vertueuses.

L’Amour s’est-il enfui ?

« Les études disent que l’état amoureux ne dure qu’entre un an et un an et demie, explique l’experte. Mais de mon point de vue, ça n’est pas tout à fait vrai. L’amour agapê, ou amour tendresse, est une forme d’amour, un attachement important. Parfois, c’est même plus intéressant que l’état amoureux, qui est plus projectif. Et puis, on peut entretenir cet état amoureux en faisant en sorte de n’être jamais vraiment acquis. Ceux qui font beaucoup l’amour entretiennent cet état plus longtemps. Admirer son partenaire, c’est aussi un bon moyen d’entretenir l’état amoureux. L’admiration, c’est l’envie de posséder. Que l’autre soit toujours avec nous, à nos côtés. Même s’il y a des choses imparfaites, l’Autre nous manque quand il n’est pas là. En revanche, lorsque l’Autre ne nous manque pas ou plus, c’est qu’on n’est plus dans l’état amoureux. »

Mais aujourd’hui, pour beaucoup, ne plus être dans l’état amoureux des débuts signifie bien souvent « ne plus aimer ». Cela arrive évidemment, et il faut alors composer avec cette réalité et envisager la rupture qui permettra de rencontrer à nouveau cet état, car la vie est longue et les amours peuvent être multiples. Mais on a souvent tendance à associer l’envol des papillons avec l’installation d’un amour différent. « Quand elles pensent n’être plus qu’’attachées’, les personnes se posent des questions et se disent qu’elles doivent forcément se quitter. Mais il y vraiment a une confusion dans les niveaux d’amour », observe la psy. Qui ajoute : « Il faut prendre le temps de bien s’interroger. » Pour savoir si on est déjà, encore ou plus amoureux. En gardant toujours à l’esprit qu’on a vu souvent rejaillir le feu d’un ancien volcan qu’on croyait trop vieux.

Voir aussi : Surnoms amoureux dans le couple, que signifient-ils ?