« C’était l’occasion de vraiment apprendre à connaître la personne » : ces couples qui se sont formés pendant la pandémie Privés des premiers rendez-vous classiques mais parfois un peu surfaits, les couples qui se sont formés ces derniers mois ont le sentiment d’avoir davantage pris le temps de construire une relation aux fondations solides.

les-qui-se-sont-form… 1/4 ___ Article réservé aux abonnés Le coronavirus, un tue-l’amour ? Pas forcément. Si la vie sentimentale de beaucoup est en pause depuis près d’un an, d’autres ont tout de même réussi à rencontrer quelqu’un. Mais entre deux connements, un couvre-feu et les bars et les cinémas fermés, comment ces nouveaux couples ont-ils vécu leur début de relation, privé de certains « rituels » ? Le premier restaurant, la première soirée avec les copains de l’autre, le premier week-end… Lire aussi | « Ma vie amoureuse est en pause depuis un an » : sous l’effet du Covid-19, une jeunesse en mal de rencontres En contrepartie, on discute – beaucoup – et on apprend à mieux se connaître avant de se voir. Sur les quelque 300 témoignages recueillis par Le Monde, il ressort que la majorité des couples se sont trouvés sur des applis de rencontres.

« Aurait-on passé autant de temps à discuter en temps normal ? Certainement pas », résume Camille, un habitant du Val-d’Oise. Par ailleurs, les échanges

« On s’est envoyé un milliard de messages pendant le premier confinement. Assez vite, on a abordé des sujets sérieux : notre envie de partir vivre à la campagne, nos relations familiales, etc. Du coup, quand on a pu se voir, on a échappé à la phase “on boit un verre, mais on est tous les deux gênés”, qui est une sorte de passage obligé un peu surfait et codifié. » Lors des premiers rendez-vous, il y a « une injonction sociale très forte à mettre en avant ses qualités, quitte à surjouer un personnage, et à ne surtout pas montrer ses failles et sa vulnérabilité », estime Florence Escaravage, fondatrice de Love Intelligence (une agence spécialisée dans le coaching amoureux) et coautrice du livre Les Relations amoureuses pour les nuls (First, 2010). Selon elle, le contexte sanitaire compliqué a poussé les gens « à chercher davantage le sens de la rencontre, à se livrer plus intimement et à créer une connexion émotionnelle forte et authentique, ce qui est la clé d’un début de relation sérieuse ». « Pour une fois, j’avais l’occasion de vraiment apprendre à connaître la personne avant d’aller plus loin », conrme Alexis, qui habite à Lyon. Comme lui, beaucoup ont le sentiment d’avoir – un peu malgré eux – pris le temps de construire « des fondations solides » et un couple « fort », avec « de vrais intérêts communs » ou « des choix de vie similaires ».

« Faire preuve d’ingéniosité » En temps de Covid-19, on est logiquement moins distrait par des sollicitations extérieures (les amis ou d’autres nouvelles rencontres). Cet eet bulle fait que l’on est plus concentré sur la relation naissante, voire que l’on donne sa chance à une personne que l’on aurait peut-être écartée en temps normal. « Au départ ce devaient être de simples parenthèses dans nos vies de quadras divorcés. C’était le deal entre elle et moi », raconte René. Puis le confinement a débuté, et leurs « rendez-vous sans lendemain » sont devenus impossibles. Ils ont alors commencé à s’écrire plus régulièrement. « Au bout d’un mois, on s’endormait en visio. Sans le confinement, ça ne serait pas arrivé », assure René.

Avec l’arrivée de l’hiver, la situation peut toutefois devenir « frustrante », notamment pour les jeunes qui habitent encore chez leurs parents. « Le seul endroit où on peut se retrouver, c’est dehors, explique Stéphanie, une Alsacienne. Et je peux vous dire qu’en ce moment il fait très froid ! » La jeune femme regrette également d’être privée des activités sociales qui lui permettraient d’en savoir plus sur son copain : « Qui sont ses amis ? Comment se comporte-t-il en soirée ? » « Vieux couple pantouflard » Certains, très minoritaires, déplorent un « manque de légèreté » (celle-là même qui est censée caractériser les débuts d’idylles) et ont « le sentiment de tourner en rond ». Mais, pour la plupart de ces nouveaux couples, le fait d’être en vase clos a plutôt eu un eet accélérateur sur leur relation. C’est le cas d’Ella, une Marseillaise de 25 ans, qui a trouvé un « soutien inattendu » dans une histoire encore balbutiante : « Le deuxième confinement a été très difficile pour moi. J’ai fait une dépression, et il a été là pour moi. Il m’a portée tout au long de cette période. Ça nous a permis de voir plus loin dans notre avenir plutôt que de simplement vivre au jour le jour. » Pour Véronique Kohn, psychologue spécialiste des relations amoureuses, cela n’a rien d’étonnant. « Le contexte actuel, très anxiogène et incertain, nous pousse à chercher la sécurité. Or, pour beaucoup de gens, se mettre en couple et se projeter dans un avenir commun a quelque chose de rassurant. Il y a cette idée bien ancrée – et pas forcément vraie d’ailleurs – qu’on est toujours plus forts à deux. C’est une sorte de réflexe », analyse-t-elle. 

Comme le cadre de vie est réduit, on s’installe aussi plus rapidement dans l’intimité et dans la routine quotidienne de l’autre. « J’ai l’impression qu’on est ensemble depuis trois ans, alors que ça fait seulement trois mois ! La vie domestique a pris le dessus, on est déjà un vieux couple pantouflard, s’amuse Pierre. C’est fou de se dire qu’on a fait qu’un seul restau ensemble… Mais [le fait qu’on] adore cuisiner et regarder des films ensemble, c’est bon signe, non ? » A de rares exceptions près, tous sont optimistes vis-à-vis de leur histoire d’amour. Beaucoup ont emménagé chez leur moitié. Quelques-uns, comme Loïc, ont même signé ensemble pour un achat immobilier : « On n’a pas trop hésité. C’est rassurant de savoir que notre relation fonctionne malgré un contexte pourri. Ça veut forcément dire que le meilleur est à venir. »

Marie Slavicek