Question d’actualité, il me semble, après le burn-out professionnel, on voit apparaître le burn-out amoureux.

Oui, il est possible et c’est de plus en plus fréquent de voir chez nos patients en thérapie des symptômes de burn-out amoureux.

Comme pour le burn-out pro, la personne se sent épuisée car elle s’est engagée, impliquée très fort dans la relation, et en même temps ne trouve plus assez de ressort pour faire face à la difficulté.

Pourquoi fait-on un burn-out affectif?

On veut réussir son couple avec l’image type en tête du feuilleton «La petite maison dans la prairie» ou encore l’histoire du prince charmant , en bref, le happy-end recommandé par la fabrique à rêve.

Et par dessus tout, on doit savoir contrôler son stress, et accuser réception de la déception liée au stress d’attentes trop élevées.

Sauf que ces récits de notre enfance ont occultés la suite de la relation amoureuse : la Belle au Bois Dormant reproche au Prince Philippe de laisser trainer ses chaussettes, Cendrillon se rend compte que son Prince Charmant est beau mais un peu bête… 

Notre culture a placé la barre très haute en matière de relation amoureuse, pas étonnant qu’il y ait tant de séparations, et une telle détresse qui suive les ruptures.

Le burn-out affectif, c’est une accumulation de petites déceptions jusqu’à l’épuisement, et surtout un formidable sentiment d’impuissance avec une envie d’y arriver. La phrase culte du burn-out amoureux, c’est « je n’’y arriverai jamais!! » (on ne sait pas à quoi, ni où, mais ce que l’on sous entend ici, c’est arriver à ce que l’amour avec un autre puisse nous combler, nous orienter vers le bonheur, une bonne fois pour toute de plus…)

Car qui dit bâtir une relation à partir d’un schéma idéal, dit aussi forcément aboutir à ce fameux «tu es tout pour moi, je suis tout pour toi» et nous allons grâce à notre amour, soulever des montagnes, relever le défi du couple; braver tous les obstacles, nous aimer mieux que tous les autres qui ne sont pas des modèles dans le genre… et réussir notre histoire d’amour comme au cinéma. Un défi à relever d’aujourd’hui.

Sans être pessimiste, très peu de couples parviennent à dépasser toutes les épreuves ensemble, sinon dans des partenariats un peu comme des colocs-parentaux.

Pourquoi? parce que tout simplement, l’amour inconditionnel n’est pas réaliste, nous sommes des petits humains très limités !

Je ne sais plus si je l’aime encore, si je ne l’aime plus, je le quitte entend-t-on, en fait décryptez autrement: tu contentais tous mes besoins, youpi alors je t’aimais tant, tu ne contentes plus mes besoins, bôf, je ne t’aime plus, alors quittons-nous.

Cette immense pression de réussir son couple, émanant de la quête de performance que l’on retrouve dans les burn-out professionnels, amène un écart entre l’idéal souhaité et la réalité vécue dans une relation.

La réalité est toujours plus dure à gérer que le rêve, à tel point que certains pour fuir cette désillusion vont préférer affirmer qu’ils n’ont toujours pas rencontrer la bonne personne, qu’il faut peut être créer une rupture pour trouver enfin la chaussure à son pied, mais en attendant il faut peut-être tout faire pour sauver son couple. L’injonction de réussir tout partout est omniprésente…

Non seulement il faut contrôler la relation qui part en vrille parfois, mais surtout se contrôler soi! Parce que nous traversons une période où il faut être au top, et on nous dit bien dans les médias via les coachs en tout genre, qu’on devrait réussir à être acteur de notre vie, nous sentir responsable de ce qui se passe.

C’est à nous d’être moins jaloux, d’être plus zen, de maîtriser les outils de communication non violente, d’être séduisant encore et toujours, d’être authentique alors que l’on n’y arrive pas, on ment et on s’en veut ensuite, bien éduqué sexuellement, bref impeccable dans la parole et les actes. Mais quel niveau d’exigence sur soi! Incroyable, et le tout sans s’en rendre vraiment compte.

Les symptômes du burn-out:

Les symptômes sont à la fois physiques et émotionnels;

Physiquement, il peut y avoir des troubles du sommeil, une fatigue chronique, des troubles d’estomac, dès que l’on ressasse les mots et les comportements du partenaire et émotionnellement le sentiment d’être lessivé, plus la perte d’espoir qu’un jour il puisse changer. Mais à ce moment là, on n’est pas prêt encore à assumer une rupture, l’idée de le quitter paraît insurmontable, effrayant.

Plus on s’est mis en tête qu’il est notre prince charmant, plus c’est difficile de renoncer à cette relation. Nous sommes agis par nos croyances, c’est le projet du couple qui ne peut pas se dé-formater dans notre esprit qui est la cause du séisme.

Nous croyons à l’amour éternel, ah l’amour! avec un grand A! On veut y croire, on entend ce mot dans toutes les bouches, l’amour : c’est la lumière, la bonté, la compassion, l’amour répare, soigne tout, permet de surmonter tous les obstacles, à deux nous sommes plus forts!

Une valeur si haute qu’elle fait des miracles, elle nous sauve de tout, voir de nous-mêmes, de notre médiocrité, nous avons tant besoin d’y croire qu’il ne manquait plus que l’on rajoute les films à l’eau de rose et ceux de Walt Disney pour que l’empreinte du couple romantique devienne un best seller dans nos esprits.

Sauf que vous avez remarqué que les attachements nous font souffrir, je ne parle même pas de l’attachement à un homme ou une femme, mais de l’attachement tout court.

Peut-on vivre nos rencontres amoureuses, nos couples, sur une tonalité d’attachement sur la forme sans être attaché sur le fond ? Voilà une nuance qui diminuerait bien des tensions .

Alors comment éviter le burn out affectif ?

1- Prenez des temps pour être à distance, seul, les tensions liées à la présence de l’autre diminuent, même si cela ne résout pas tout, c’est un peu comme une soupape pour alléger le système nerveux d’une surchauffe, si il est trop proche sur votre territoire, c’est un peu comme des animaux, sa présence peut vous empêcher de vous reposer, ou de vous détendre.

2- Parlez de ce qui ne va pas, quand vous avez un peu de marge, si vous êtes en burn-out c’est peut être qu’il est temps d’arrêter cette relation qui vous détruit l’un et l’autre, mais cela peut être aussi le chemin vers un nouveau départ, sur d’autres bases, après avoir pris le temps de communiquer sur les attentes et besoins réciproques, manifestement c’est le signe que vous touchez à vos limites et qu’il faut les écouter. Il est déjà très tard si vous êtes en burn-out, vous n’avez pas su tenu tenir compte des avertissements du corps, ceci met à jour que vous avez exagéré quand au manque d’écoute de vos besoins. Et dans certains cas, je préconiserai d’arrêter de parler sur la relation, il y en a qui se shootent à parler sur la relation pour résoudre moultes problèmes des heures durant, au final ils sont épuisés à parlementer et ne vivent pas grand chose d’autre d’intéressant.

3- Prenez le temps de dédramatiser la perte éventuelle du partenaire, s’il disparaît de votre vie, vous ne disparaitrez pas, vous ne sentirez peut-être plus l’intensité de certains moments partagés à deux, mais observez bien : avec moins d’intensité, vous ne disparaitrez pas, vous continuerez d’exister, alors transformez votre idée d’une solitude fade, apprenez à conjuguer le mot solitude avec intensité.

Plus vous imaginez le perdre, plus vous y êtes attaché, plus vous augmentez le stress avec des réactions de survie, comme fuir ou l’attaquer. A force vous risquez la sur-stimulation du système nerveux !

4- Donc plus vous avez dans votre vie des passions ailleurs que sur le thème du couple, plus avez de la marge pour gérer la relation, elle est moins centrale.

Et alors, il risque de vous quitter? Cessez de ressasser «un être vous manque et tout est dépeuplé» en vous enfermant dans la chambre, volets clos, à écouter de la musique nostalgique. Sauf si le « trip » ado romantique vous tente..

Le burn-out affectif, si vous en avez déjà fait dans votre vie, vous aurez réalisé que donniez à l’époque beaucoup trop d’importance à cette personne vue comme unique et indispensable à votre vie, il me semble bien que l’image des âmes sœurs crée plus de dégâts qu’autre chose dans nos vies amoureuses.

 

Véronique Kohn, le 27 mars 2019