Fusion – défusion : se libérer de la dépendance affective

Nous rêvons tous de pouvoir jouir pleinement de l’intensité et du goût particulier qu’offre la fusion amoureuse sans nous y perdre. Beaucoup d’entre nous vont se sentir happés, fascinés par l’élu du cœur et déposer tout pouvoir en lui pour pouvoir retrouver ce sentiment de complétude, de joie d’exister de façon unique dans les yeux de cet Autre.

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Que se passe-t-il en nous pour que l’on sente si fort le manque, que nos pensées s’accordent à croire que sans ce partenaire la vie est terne, sans interêt, voir même que le monde s’effondre s’ il ne donne pas signe de vie.

Passer la journée à scruter son appel téléphonique, un message, texto, se voir sombrer ainsi bien bas dans sa propre estime à être si dépendant affectif.

Cette addiction au partenaire amoureux s’apparente tout comme une addiction à une drogue, on est drogué à quelqu’un et la différence avec les substances c’est que c’est assez simple de se procurer des substance alors que la drogue du partenaire est plus difficile à obtenir puisque cela ne dépend pas de nous, et ce d’autant plus que le partenaire sur lequel nous avons jeté notre dévolu est unique.

La dépendance affective existe bien malgré nous du fait que l’on soit séparé dès la naissance de la matrice originelle avec ce souvenir mémorisé de retourner au paradis perdu pour le reste de notre vie, donc nous sommes tous un peu dépendants de la relation, de plus nous sommes des êtres de lien et nous sommes interdépendants les uns des autres, mais entre souffrir de manière passagère et souffrir de manière obsessive dès que l’autre s’absente du paysage affectif il n’y a q’un pas.

Reconnaître et accepter ce besoin d’être connecté aux autres et le plaisir intense du lien à travers la relation amoureuse , telle est la première étape plutôt que d’éviter le lien ou de préférer une relation tiède pour se protéger d’une éventuelle souffrance. Si je ne m’attache pas par peur de perdre mon autonomie je me prive de l’attachement en plein que procure la fusion.

Par contre si je sais défusionner suite à des moments très fusionnels, et que je retrouve le centre de moi même, je peux entrer et goûter totalement à la fusion, ouvrir mon cœur et ce d’autant plus totalement que je sais que je ne m’y perds pas. Puis- je arrêter de projeter mes peurs anciennes d’être rejeté, abandonné comme un enfant perdu qui n’est pas équipé pour se rassurer lui même et envisager que la vie, à chaque instant, est une grâce tout simplement, et ceci avec ou sans amoureux (se).

Défusionner devient avant tout un apprentissage, parce que le principe de l’addiction est le suivant : on goûte une fois à cette drogue émotionnelle et sensorielle, cela nous procure un plaisir intense, et en fait ce que nous goûtons est une expérience qui a un début et une fin, alors que l’on voudrait qu’il n’y ait pas de fin. Et surtout on se piège à l’idée que seule cette personne peut nous procurer ces sensations de plénitude.

De manière générale ces sensations si extraordinaires que nous touchons à travers la fusion amoureuse sont relativement communes à tous : il s’agira soit d’une quiétude, d’une paix, d’une béatitude ou au contraire s’il y a passion ce sera le goût de l’intensité qui sera la perception source comme si on ne pouvait pas se sentir vivant pleinement avec moins de stimulations.

Et une fois mémorisés ces sentis, nous générons l’illusion de vouloir y retourner par un biais unique, cet objet d’amour qui a été associé à ce goût précis que nous ne savons pas encore toucher d’une autre manière.

Il s’agit alors de rétablir le goût du vivant par mille et une manière, s’extasier sur les petits rien du quotidien, sentir la grâce de l’existence à chaque instant.
Sans chasser les pensées qui sont si difficiles à chasser, mais juste revenir au regard de l’émerveillement non plus fixé sur une seule personne, responsable de nous donner ce goût du vivant mais de s’émerveiller de tout ce qui nous entoure comme l’ enfant sait si bien le faire.

Plus je vais apprendre à prendre contact avec mes ressources, plus je vais m’intéresser à moi, à aimer la vie moins je vais donner tout pouvoir à l’autre de me rendre heureux ou malheureux .

L’adulte que je suis devenu peut aujourd’hui et se doit de réparer les blessures affectives du passé, en se créant une instance en soi qui agit comme un Parent Nourricier pour communiquer et rassurer son Enfant intérieur si démuni devant le manque de l’autre vécu comme tout puissant .

Avec ce dialogue instauré, la partie souffrante en nous, qui ne sait pas comment faire autrement que de rester plongé dans le manque et la détresse va apprivoiser la solitude détresse qui va progressivement se transformer en solitude tranquille ou comme des retrouvailles nécessaires pour pouvoir aborder la relation. Et surtout diminuer les enjeux que l’on fait porter à la relation amoureuse.

Puis je ainsi jouer le jeu de la fusion avec la légèreté nécessaire qui me permet d’amener de la profondeur, parce que la seule et unique profondeur qui puisse exister c’est quand le « je » ne se prend plus au sérieux. L’alliance de la profondeur et de la légèreté est vécue dans cette dimension de l’impermanence intégrée avec la souffrance comme pouvant faire partie du voyage.

Pour se passer d’une drogue, il faut en trouver une meilleure disait Marshall Rosenberg.

Pour cela il vaut mieux que j’apprenne à me détacher de la relation mais sans sacrifice.
C’est à dire que la valeur que je vais trouver lorsque je vais activer mes ressources va m’amener à trouver d’autres sources de plaisir à la place.

Ceci au lieu de penser qu’il n’y a rien de mieux sur terre que le partenaire.
En fait il y a énormément de possibilités de trouver ces sentiments de plénitude, de remplir nos besoins d’amour ailleurs qu’en focalisant sur un être.

Mais à un moment donné j’ai vu cet être et j’ai eu un élan pour lui, alors j’ai créé une collusion avec mon besoin d’amour et cet être, et si on m’enlève cet être c’est comme si j’imagine que l’on me retire la satisfaction de mon besoin d’amour, l’attention est fixé sur cette seule stratégie.

Pour s’aider à guérir de la dépendance affective, savoir et expérimenter le « Je suis l’amour » qui veut se goûter en tout ce qui est. Je suis au courant que l’identification à un personnage qui est le Moi- je va rendre difficile de le toucher, je réalise que je ne peux pas toujours y avoir accès , l’amour qui se trouve dans la relation va être obstacle à sentir juste la joie d’être ; mais si parfois je me connecte au Soi, je vais pouvoir le sentir dans la relation. Sans donner le pouvoir à quiconque de m’empêcher de goûter l’amour que je suis.

Et est ce que je peux rester avec ma peine et me détendre plutôt que d’imaginer que je vais un jour me libérer de la dépendance affective définitivement et ne plus sentir la souffrance. ? A ce moment là je reste présent à ma condition humaine d’avoir des limites, et j’arrête de vouloir quêter l’absolu de sortir des affres à tout jamais du sentiment de séparation, du manque de l’autre…

C’est la clé de la souffrance, elle devient plus gérable, on lutte moins contre soi-même se rejetant comme étant pas encore libéré…

Une des pires de nos souffrances souvent méconnue est la prétention et la quête de vouloir être libéré à tout jamais.