L’affirmation saine dans le couple

Avez-vous remarqué que certains d’entre nous ont de réelles difficultés à s’affirmer au sein de la relation amoureuse, alors que d’autres sont très à l’aise, voir au contraire auront tendance même à trop s’affirmer ?

Pourquoi la question de l’affirmation de soi est-elle importante à considérer au sein du couple et de la relation en général ? Parce que ce thème est relatif à notre capacité de poser nos frontières, de vivre des relations de manière saine c’est à dire de ne pas se retrouver en posture de victime ni de bourreau.

L’affirmation de soi, être assertif en anglais signifie : dire ce que l’on a dire sans fuir, sans manipuler ni agresser.
C’est une compétence qui se développe et c’est tout un apprentissage.
Un couple qui aurait tendance à ne jamais se disputer, à éviter soigneusement les conflits en omettant de dire tout ce qui dérange, serait tout autant dysfonctionnel qu’un couple qui se dispute tout le temps.
Se disputer tout le temps met à jour des rapports qui s’établissent sous la forme d’un « j’ai raison, t’as tort ! » avec un gagnant, un perdant.
Ne jamais se disputer est plutôt une recherche d’harmonie idéale avec le consensus comme stratégie gagnante. Mais les blessures restent en sous marin.

Notre plus grand désir est une relation d’altérité où la femme et l’homme célèbrent la parité, et non un échange entretenu sur des rapport de pouvoir. Malheureusement ces enjeux de pouvoir se jouent la plupart du temps, à notre insu.
Il n’est pas rare de voir dans le couple un craintif ou plus effacé qui a peur de s’affirmer.
Il prend le rôle du soumis, probablement parce qu’il a peur du rejet voir pire de perdre le lien.
Et un affirmé, qui se positionne, qui trouve toujours les arguments pour convaincre, définir, argumenter au nom de la morale (ou plutôt de la sienne), et prétend savoir pour l’autre ce qui est vrai, bon, juste…

Mais quelqu’un qui n’arrive pas à dire non, on dira de lui (ou d’elle) qu’il manque de caractère, ce qui à terme n’est pas seyant . Surtout pour une relation durable. Dire amen à tout, ne pas savoir dire non, jouer à celui qui arrondit les angles n’est pas la solution.
Ici c’est le côté systématique qui emprisonne. Si par moment celui qui a tendance à s’écraser peut basculer aussi dans l’affirmation, tout va bien. Mais c’est cette fixité du rôle qui est vraiment gênante.

Celui qui est dominant n’a pas besoin de faire 100 kilos pour prendre le dessus, ce n’est pas une question de force physique, c’est plus une question de confiance et soi et de personnalité contrôlante, ceux qui préfèrent faire partie du camp des forts que des faibles.
Si ce personnage affirmé ne rencontre personne en face pour lui résister, il va même jusqu’à créer des conflits avec des prétextes « bâteaux » pour tester la présence, allez « montre-toi » a t-il l’air de dire !
On pourrait imaginer que le dominant a toutes les chances, il est comme un lion qui sait rugir et être le roi de sa tribu mais en fait, non, s’il passe son temps à faire sa loi, il se retrouve triomphant et seul. Quand bien même en apparence, le couple a l’air d’aller bien, au fond le décalage rend le rapport de confiance instable entre eux. Le moins affirmé cache ses peurs secrètement, fait beaucoup d’effort d’adaptation, prend sur lui, et plus il agit ainsi, plus il perd crédit aux yeux de son partenaire.

Donc s’affirmer peut être salutaire pour celui qui est coincé dans le rôle du soumis et s’affirmer moins (contrôler moins) est tout autant salutaire pour celui qui est coincé dans le rôle du dominant.
L’équilibre demande une prise de conscience des rôles de chacun des deux, de cesser d’y rester figé, puis d’agrandir la palette de comportements.

Fait-on exprès d’être peu affirmé ou trop affirmé ?

Non, pas du tout.
C’est très important de le saisir avant d’incriminer l’un ou l’autre.
Si vous êtes une tierce personne observant un couple fonctionnant en mode domination/soumission, vous aurez peut être envie de prendre parti, d’avoir envie de dire au soumis de se réveiller, de s’énerver, de mettre un stop ferme, ou de juger le dominant, lui, si sûr de lui, d’être trop arrogant et de devenir plus empathe, de laisser de la place à son soi disant aimé..

C’est vrai qu’ils ont du certainement se dire au départ « je t’aime » et on peut se demander quelle est cette forme d’amour dans ces couples type chien et chat !

Que se passe-t-il pour celui qui ne s’affirme pas ?

En fait, il manque de confiance en lui, et passe généralement du mode soumis en mode rebelle.
En Analyse Transactionnelle, on dirait qu’il passe de son Enfant soumis -, à son Enfant rebelle – . Comme un schéma de répétition à l’âge adulte d’une autre époque, sur lequel l’enfant aurait été tenu de confier le pouvoir à l’adulte, en obéissant, en se faisant gentil.
Il va idéaliser en tout premier lieu son amoureux(se), le hisser sur un piedestal. (de la même manière qu’il a du idéaliser son parent, professeur, ou autre représentant de l’autorité.)
Au lieu de le remettre gentiment à sa juste place, il va continuer de l’admirer.
Il le perçoit comme quelqu’un de fort, de sûr de lui, et se voit lui (elle) comme moins..que lui. (quand je leur demande en consultation , il(elle) ne sait pas trop me dire quoi exactement mais c’est moins quelque chose..).

La personne aimée devient le pilier de sécurité. (même si elle est maltraitante)
La peur de l’abandon, ou encore de perdre la personne vue comme son support de sécurité renforce la soumission.
Evidemment c’est totalement faux d’un point de vue d’un adulte, mais n’oublions pas que la partie qui donne le pouvoir à l’autre est l’Enfant Soumis, c’est une partie de l’individu, qui vit, sent, agit comme si elle avait 4 ou 5 ans, voir moins.
Le soumis méconnait sa force d’affirmation et confie le pouvoir à l’autre.

Et voici ce qui se passe ensuite : à chaque fois que son cœur est bléssé, heurté, dérangé par celui qui prétend l’aimer, il ne va pas oser exprimer tout haut ce qu’il se dit tout bas.
Peur de fâcher, de mécontenter, de déplaire, il va s’adapter toujours et encore plus, faire profil bas. Et ce faisant il se nie.

Mais au fond, c’est un sentiment plus intense qui le gagne, c’est comme un tsunami, une peur d’être détruit, annulé, comme si le monde allait s’écrouler s’il s’affirme.

Et oui ! cela renvoie à des moments critiques où, enfant, il a du s’écraser pour survivre, se soumettre à un adulte tout puissant.
D’où l’évitement du danger,sur-évalué, la docilité lui a certes permit de survivre à une époque mais aujourd’hui, cela lui crée plus de soucis qu’autre chose.

Il va se laisser critiquer, juger, définir, c’est un jeu d’emprise malgré lui.

Parfois le soumis se vit comme une souris face à un chat et passe en mode rebelle mais pas toujours, il peut rester en souris soumise.

Il a perdu l’équipement du combat, l’énergie de l’affirmation est la colère, et cette émotion est interdite, en tous les cas, peu valorisée et peu familière.

Quand il passe en mode rebelle, ce n’est jamais aussi consistant que celui du dominant ou affirmé, parce que ce n’est pas une affirmation saine, de nouveau c’est un rebelle qui se rebelle parce qu’il a peur d’être soumis !
Comme une souris qui sauterait sur le chat mais qui a peu de chance de réussir à lui faire peur..

Que se passe –t-il pour celui qui s’affirme trop ?

Celui là a besoin de montrer sa puissance. Lui est fort, parce qu’il croit que s’il ne s’affirme pas, il va être pris pour un faible et finir par être absorbé.
On revient au lion qui doit être le roi des animaux. Il ne s’agit pas de lâcher le contrôle, ni son statut de roi.

Se cache derrière ce côté fort, un besoin d’avoir raison, et peut être la stratégie trouvée pour asseoir son autorité est celle de convaincre, de s’affirmer, de riposter, de prendre les armes.
A un temps révolu vous pouvez visualisez et vous mettre en alliance avec la petite personne qui a du se faire engloutir par un ou des plus grands que lui.
Ou faire comme l’un des deux parents (souvent le parent de même sexe) qui a montré le chemin de comment on se fait respecter ici !

Avoir raison, être fort, pour cacher l’impuissance de fond.

Parfois le trop affirmé peut avoir un sentiment de culpabilité quand il voit son partenaire défait, malheureux dans les conflits et parfois pas.

A mon avis, cela dépend s’il a du sortir les armes enfant pour faire face au danger, alors il n’y a pas photo, pour survivre il croit qu’il n’a pas le choix et tant pis si au passage, il y a des perdants.
Et même s’il se sent coupable un moment, puisqu’au fond, quand on aime on a envie de contribuer pour l’autre et non pas d’annuler nos partenaires, il ne va pas rester trop longtemps penché sur l’autre mais plutôt revenir à la posture : « j’ai raison et je n’ai pas le choix ».

Il triomphe, un court sentiment de victoire, de puissance surgit, mais il se coupe du lien en restant dans son « j’ai raison ». Inflexible, il finit seul dans sa tour d’ivoire.

Voici des pistes pour être affirmé, ni trop, ni trop peu..

Pour celui qui manque de punch :

lui plutôt dépendant affectif donne le pouvoir facilement, il s’oublie devant l’autre.
Il doit apprendre à reconnaître ses besoins, ses pensées, ses émotions, c’est à dire à ne pas devoir s’inhiber.
Mais pour pouvoir le faire, il doit commencer d’abord à comprendre d’où vient cette tendance à s’inhiber, à faire passer l’autre avant lui.
Franchir sa peur de dire non, arrivez à dire : maintenant c’est comme ça et ce n’est pas toi qui pourra me faire changer d’avis ! Non c’est non !

Retrouver la puissance est en lien avec l’affirmation de soi.
Et la puissance est en lien avec l’émotion de la colère. L’émotion qui lui est interdite, bloquée, associée à un danger.
Certains ont peur de leur propre violence, ou confondent souvent colère et violence : si je m’affirme je suis quelqu’un de violent, de méchant. Et je ne veux pas apparaître ainsi.
Cette image de gentil à laquelle il tient, (à juste titre, parce qu’il a plus envie de prendre soin des autres que de leur nuire), est parfois insistante et égotique et l’empêche de se fâcher.

Mais s’affirmer peut être fait de façon non agressive, on n’est pas obligé de crier haut et fort, tout le travail de la communication non violente peut être bénéfique, l’affirmation de soi n’est pas synonyme d’écrasement. C’est plutôt marquer sa place, son opinion qui s’oppose à l’autre.

Mais si on se vit intérieurement comme une souris face à un gros chat, (ou un chat d’appartement cherchant sa caresse face à un gros matou sauvage dixit l’une de mes patientes), on ne risque pas de prendre sa place et de la garder !!

A moins qu’il y ait un bénéfice plus grand à rester toute sa vie une souris terrorisée, mieux vaut se mettre dans la peau d’un animal prédateur qui sait attaquer, se défendre pour survivre.

Elargir les options dans la palette tel sera le crédo.
Pour avoir plus de choix, se faufiler entre le chat d’appartement embourgeoisé, genre aristochat, et puis se changer en chat sauvage, gros matou irascible, sortir les griffes et toiser son adversaire au cas où..

Jouer à faire comme si est une bonne manière pour notre système à changer les programmes inscrits, et la dimension ludique est une stratégie efficace pour expérimenter un retour à l’impulsion d’attaque.

Ecoutez d’abord vos besoins sans crainte d’être jugé, pourquoi ? Parce que n’importe comment il ne peut pas vous évaluer qu’en positif sinon ça sonne faux, sauf au début de la relation, et que c’est peut être en rugissant qu’il sait prendre sa place sur terre. Sauf que cela n’a peut être rien à voir avec vous. Prendre tout personnellement est fatiguant..

Ce n’est pas contre lui que vous vous opposez, vous le faites d’abord pour vous, pour avoir le plaisir de sentir votre puissance, donc de goûter votre existence.
Ce n’est pas en caressant dans le sens du poil votre compagnon que vous arriverez à éviter un conflit surtout si il a un fort caractère, bien au contraire.

Et puis dire non est aussi une manière de rendre vos oui plus crédibles, sinon on peut se sentir envahi par cet amour trop démonstratif, cette gentillesse sans borne, cette bonté systématique.
Etre trop gentil, trop soumis est toujours en lien avec la peur d’être un rebelle et de se faire quitter pour une révolte mal négociée.

Quelle est la part du vrai du faux là dedans ? Si vous ne tentez jamais de poser vos limites et de vous fâcher, vous ne saurez jamais s’il va partir en courant ou pas, et s’il part dès que vous haussez le ton c’est qu’il ne vous aime pas tant que ça non plus.
Il risquera plus de partir si vous jouez au trop gentil tout le temps et que d’un coup vous explosez faute d’avoir pu exprimer au fur et à mesure..

Alors osez !

Pour celui qui a trop de punch :

Il doit aussi se remettre en question, ce qui est plus difficile, en général celui qui a le plus de testostérone est moins apte à faire retour sur lui pour se poser les bonnes questions.

Là aussi le hic c’est d’être happé par une seule manière d’agir : monter au créneau pour un oui ou pour un non, vouloir convaincre sous prétexte que ses valeurs sont les vraies, les bonnes.
C’est une forme de rigidité et un manque de discernement. Le fanatisme des opinions enferme le dominant dans une royauté absolue, et ne le rend pas très humble, ni humain. Il a raison, certes (et encore on peut toujours douter de tout), mais à quel prix ? il risque d’être admiré par sa puissance mais craint plutôt qu’aimé.

Pour lui (elle), l’option qui manque est d’oser l’humilité et la vulnérabilité.
En clair : « je ne sais pas alors que je crois tout savoir », et je m’affirme trop parce que « j’ai peur d’être vulnérable » mais je ne le reconnais pas.

Accepter d’être limité, de sortir de la toute puissance, est une forme de maturité lorsqu’on n’a plus besoin d’écraser son prochain pour prendre sa place.
On laisse l’autre penser, sentir, agir différemment de nous. Et on regarde tranquillement à tête reposée, ce qui est négociable et ce qui ne l’est pas mais sans être obligé de taper du poing sur la table.

Ce n’est plus en rugissant que l’on se fait le mieux respecter et mais en prenant les autres en considération.

C’est aussi reconnaître que l’énergie de l’affirmation de soi en excès peut être vécue comme une dictature, et terroriser ceux que l’on aime le plus.

En résumé :

Pour autant que nous soyons attiré par quelqu’un à l’opposé de nous, nous sommes vite confrontés à ce déséquilibre en couple entre celui qui n’est pas assez affirmé pas et l’autre qui l’est trop.
Chacun doit faire un pas pour modifier les données de base, élargir les options de comportements pour générer une mobilité dans les rôles.
Si l’insécurité du soumis s’apaise, il pourra récupérer sa liberté, mieux poser ses frontières, se positionner et le rester. Pour cela, il doit faire face à ses peurs, les traverser, orienter son attention sur ce que la vie lui apporte de doux, de bon. Ses peurs sont inhérentes à un manque de confiance en la vie.

Comme on l’entend souvent mieux vaut être seul que mal accompagné. Encore faut-il l’avoir expérimenté plutôt que de rester coincé dans une relation dominé/dominant.

L’affirmation de soi est l’une des compétences à trouver pour se respecter, ne pas se faire maltraiter, s’estimer à la hauteur de sa valeur.

Ce sont les excès en + et en – qui nuisent, reste à trouver sur le curseur le point d’équilibre.
Ni soumis, ni rebelle, ni dominant, ni dominé mais un juste milieu pour sortir des rapports de pouvoir, de dépendance, d’emprise amoureuse sur lesquels nous flirtons les uns et les autres à certaines périodes de nos vies.
La piste que je vous propose est de reconnaître tous ces jeux de pouvoir dans le couple pour s’en écarter, sans pour autant renoncer à la relation amoureuse.

Véronique Kohn le 22 novembre 2017