Partager l’intimité

Intimite

Partager l’intimité

Voilà un sujet qui est peu abordé dans les magazines à l’instar de sujets plus sulfureux comme les 15 recettes pour se procurer un orgasme, ou comment continuer de séduire son homme après 20 ans de vie commune..

On entend souvent que partager l’intimité est un tue désir, que justement il s’agirait plutôt de ne pas tout dévoiler à la personne avec qui l’on partage un quotidien.
Il y a ceux qui préfèrent donc garder un jardin secret pour préserver le mystère et se rendre attractif des années durant grâce à ce stratagème, d’autres qui au contraire vont se prononcer pour l’authenticité, donc tout dévoiler et c’est pour eux la stratégie magique qui révèle l’amour.

Deux visions sont opposées :
-partager toute son intimité, c’est comme tout se dire, c’est courir le risque de déplaire et de saturer son partenaire de banalités, de postures ordinaires, d’habitudes peu enclines à la séduction.

-partager son intimité c’est se mettre à nu devant l’autre, c’est laisser tomber le masque, devenir vulnérable au regard de l’autre et être jugé de façon négative, ou imaginer qu’il ne peut tout bonnement pas nous accepter sauf pour les qualités que nous nous reconnaissons et dont nous avons repéré qu’elles sont appréciées avec succès. Et en prenant ce risque c’est l’amour véritable qui s’approfondit.

Quelle est la définition de l’intimité ?

Dans le dictionnaire l’intimité véritable demande des échanges, de la transparence, de la réciprocité et incidemment une certaine vulnérabilité.
Il y a l’intimité physique et l’intimité émotionnelle. Les deux sont distincts, l’intimité émotionnelle, ressemble à cette implication de la confidence évoquée ci dessus, l’intimité physique ou sexuelle n’est pas toujours corrélée à l’intimité émotionnelle, on peut avoir un rapport sexuel sans se sentir très proche et impliqué émotionnellement bien que souvent on pourrait penser le contraire.

Ou l’inverse, certains vont vivre l’intimité sexuelle avec beaucoup d’appréhension, avec une très forte implication, ex : « je ne pas peux me donner sauf entièrement », entend-on parfois.

En Analyse Transactionnelle, l’intimité est un échange entre deux personnes où la communication s’effectue de l’Etat du Moi Enfant Libre à Enfant Libre, ceci est rendu possible parce que l’Etat du Moi Parent Nourricier de chacun des partenaires, prend soin de L’enfant de l’autre.
In fine, si je suis en confiance parce que je sais que l’autre est bienveillant et ne me fera jamais de mal, ni aujourd’hui , ni plus tard, alors je peux laisser mon Enfant Libre s’exprimer, avec la spontanéité d’un enfant qui ne se censure pas.
Je peux alors exprimer mes peurs, oser me montrer vulnérable, demander ce dont j’ai besoin, faire tomber les masques que je porte, ces masques permettant en général de tenir des rôles pour plaire.

L’intime c’est aussi ce qui nous est secret, ce que l’on ne peut dévoiler sur la place publique question de pudeur, de jugement critique pour cause de transgression à une règle, de connexion au sensible qui ne peut justement se partager qu’avec une tierce qui nous est complice.

Mais si l’enfant que nous avons été a connu des moments de honte, à été pointé par une tierce, vexé, humilié, plus grand nous aurons tendance à nous méfier des autres, ou à imaginer des conséquences fâcheuses à se laisser aller, à être tel que l’on est.
Nous allons prêter des intentions à celui qui nous aime comme si l’on sait qu’il peut nous aimer oui mais jusqu’à un certain point..
Et donc à cultiver un goût du beau pour le caché, comme le prône l’érotisme où l’on ne dévoile pas tout, mais juste un bout qui suggère.
Un goût de cacher des parties de nous mêmes jugées comme faibles.

Pourtant le courant inverse existe aussi.
L’esthétique du réel a été abordé par Nietzche qui remarque que le beau se trouve dans le laid, l’esthétique est en toute chose, et surtout dans notre manière de percevoir du beau dans tout ce qui construit notre vie ordinaire, pour transcender le beau sélectif, soigné, d’une image orientée que vers certaines choses jugée subtiles, délicates, artistiques ; donc cultiver le beau dans le réel, et ce en toute chose est pour lui une manière de rendre hommage à la création qui ne sélectionne pas à la racine le beau du laid.
Celui qui accède à cette esthétique de l’ordinaire devient pur esthète et permet à l’extraordinaire d’apparaître dans l’ordinaire.
Se rallier au point de vue de Nietzsche, et des existentialistes de manière plus large, c’est vénérer le partage de l’intime dans le couple sur justement ce qui est le plus banal, l’ordinaire. Et le transformer en beauté.

Je vais donner des exemples qui sont justement parlants

Dans le couple il est mal vu de :
– péter
– aller aux toilettes devant l’autre, ou laisser sa porte ouverte
– roter
– ronfler
– s’apprêter devant l’autre (se coiffer, se maquiller, se laver les dents..)

Est-il possible de ramener de la beauté, de la grâce dans n’importe quelle situation ?
Qu’est-ce qui nous en empêche ?
Simplement le jugement en bien ou en mal, en beau ou laid, ou correct, incorrect que nous posons sans même nous en rendre compte.

Les pudiques vont juger que ces gestes font partie de l’intime et que le rejet est au rendez vous si vous vous laissez aller, ou au mieux, bâtir une usure du désir.
Témoignage amusant de l’une de mes participantes à un stage :
« C’est sûr que je si je me laisse aller à péter à coup sûr je suis rejetée, personne ne peut envisager de garder un homme ou une femme avec un tel comportement ! »
Ce type de dialogue intérieur ravive les notions de bienséance, et exige de se contrôler un peu et jusqu’où ?
Un jour, l’un des hommes de ma vie m’a aidé à changer cette croyance, pour m’aider à me réconcilier avec notre naturalité (avant dressage).
Depuis que je me suis autorisée aux prouts ou météorites (nom consacré) en relation amoureuse, j’ai pu constater non seulement que la plupart des hommes ne fuyait pas, sauf les vrais « bien éduqués », mais qu’au contraire, cela détendait l’atmosphère et surtout leur donnait la permission d’en faire autant. Et de se départir de la vision duelle de l’existence, du correct/incorrect.
Nous nous rejetons nous mêmes à lutter contre nos limites, contre nos organes, notre corps qui vieillit, en étant inconscient du tort que nous a fait une éducation trop verrouillée.

Les authentiques vont chercher à transcender les stéréotypes en accueillant l’organique, le biologique comme une fonction naturelle sans être nullement choquer. Et s ‘amuser de ces petits riens du quotidien qui sont assortis de honte pour le commun des mortels.

Laisser rentrer un Autre que soi dans son intimité est un vécu subjectif. Soit je suis à l’aise avec cette notion de laisser l’autre me connaître d’un bout à l’autre, soit je me méfie et je me dis que si l’autre connaît tout de moi, c’est risqué, il peut me manipuler ensuite, ou je peux aussi le vivre comme une intrusion.

Jusqu’où je me livre ? Jusqu’où je cache mes émotions, des parties de mon passé, de mon raisonnement ou imaginaire pour plaire ou protéger quelque chose ?
Et quel est mon dialogue intérieur ?

Chaque personne peut s’autoriser l’intimité à un niveau plus ou moins élevé selon les conséquences de ses traumatismes
5 niveaux sont relevés

– je parle avec l’autre de la pluie et du beau temps
– je partage mes opinions sur les autres : ma mère a dit que..
– je partage mes propres opinions : je pense que ..
– je partage mes sentiments et expériences : mes joies, douleurs, échecs
– je partage mes désirs, besoins, émotions, ce que j’ai de plus profond : je suis mal quand tu ne m’appelles pas ou j’ai envie de vivre avec toi,

L’intimité est mesuré par la personne ayant le plus faible niveau de vulnérabilité, si l’un des deux est au niveau 5 et l’autre au niveau inférieur, la véritable intimité ne peut se vivre, car celui qui est à un niveau plus élevé sera cetes plus à l’aise mais va ressentir comme une fausse intimité à cause du décalage.

Partager l’intimité, c’est aussi partager le territoire : la même maison, le même lit, et de nouveau certaines personnes dont le cerveau des réflexes réagit immédiatement ont du mal à partager.
L’envahissement, les envies de se sur-adapter à l’autre pour ne pas le perdre, peuvent générer des tensions. D’autres au contraire vont se sentir rassurés par une présence de proximité dans la même maison.
Partager son territoire est donc un sujet sensible, nous avons cela en commun avec les mammifères, à la fois nous avons envie de nous rapprocher pour se tenir chaud et à la fois, s’il est trop près nous pouvons défendre notre territoire bec et ongle.

Partager son lit peut devenir compliqué, certaines personnes dorment aisément ensemble, d’autres pas, chaque cas est différent, est-ce que cela vaut la peine de cesser une relation si nous n’arrivons pas à faire lit commun ?
Qu’est-ce qui est négociable ; qu’est-ce qui ne l’est pas ?
Avec certains partenaires, selon s’il ronfle, s’il vous réveille, s’il vous enserre la nuit, trop, pas assez, s’il aime faire l’amour ou pas la nuit, cela peut vite devenir un enfer, ou un paradis…

Et si votre besoin de contact la nuit est aussi vital que son besoin d’espace, que faire ?
La question peut se poser et de nouveau, est-ce que chacun a une possibilité de faire un pas vers l’autre ?
Quand les besoins de l’un sont à l’opposé de ceux de l’autre, le couple doit inventer sa manière de trouver une issue.
Le temps aide souvent à construire l’intimité, et parler sans agressivité permet de comprendre que l’autre n’est pas notre ennemi mais quelqu’un qui a juste des besoins différents.

Le lit peut aussi être l’endroit où l’on règle ses comptes, chacun de son côté sans se toucher ou faire lit séparé sous le même toit pour marquer le différent.

Autre sujet considéré intime : notre rapport à l’argent au sein du couple.

Est-ce que ce sujet est abordé ? La aussi, ce sujet peut être sensible, en même temps si l’on n’est pas capable d’en parler, cela peut devenir un terrain de conflits larvés.

En résumé, la question de l’intimité au sein de la relation amoureuse est en lien avec la capacité de vivre en vérité, d’assumer qui on est, de ne pas vouloir être autre que ce que l’on est, cesser de vouloir plaire à l’autre à tout prix en s’adaptant, en se perdant, de dénicher nos parties dans l’ombre qui continuent d’avoir honte de donner une image négative.

Exemple : j’ai honte de parler d’argent, j’ai honte d’aller aux toilettes à côté de lui (d’elle), j’ai honte de me laver, de péter, d’avoir des TOCS, et tout comportement que l’on juge nous même répulsif.

Alors, quand serons-nous tranquille avec le fait d’être aimable ? Quand allons-nous déposer les armes, nous rendre vulnérables, pour nous laisser aimer tel que nous sommes, à partir de quand allons –nous désinscrire la croyance que nous ne pouvons pas être aimé ?

1 avril 2017- Véronique Kohn