Les ingrédients du couple épanoui

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Quels sont les ingrédients du couple épanoui ?

Qu’est-ce qu’un couple épanoui ?
Est-ce possible d’y arriver ?
Si oui quels en sont les ingrédients ?

Qu’est-ce qu’un couple épanoui

Beaucoup de personnes rêvent d’un couple harmonieux, stable, source de joie, de plénitude.
Et beaucoup ont du mal à trouver ce qu’ils attendent au sein de la relation.
Le mythe de l’amour romantique est bien prometteur, le contrat du mariage annonce soutien, fidélité jusqu’à la fin des temps.

Compte tenu du nombre des divorces et des ruptures amoureuses si fréquentes, force est de constater que réussir son couple est un challenge pour la plupart d’entre nous , peut -être parce que nous sommes dans l’ère de l’épanouissement personnel, que l’idéal amoureux ne produit pas son effet attendu, que le peu de niveau de tolérance des crises de couple appelle à la séparation pour certains de nos contemporains probablement plus qu’à l’époque des mariages arrangés, sans amour forcément à la clé.

La bonne nouvelle c’est que cette question de vouloir trouver plus d’avantages que d’inconvénients au sein du couple permettent aux personnes maltraitées, sous emprise, de rompre une relation souffrante et de s’échapper d’un scénario dramatique. Et ce sont souvent les femmes, qui plus émancipées que nos grand-mères, vont aujourd’hui décider d’enclencher une rupture.

Mais certains vont et ce avec une certaine légèreté, générer des ruptures dès qu’apparaît un nuage dans le ciel, contrarié dès que l’autre ne donne plus vraiment satisfaction.
Les attentes d’épanouissement individuel au sein de la relation à deux sont si fortes qu’il est rare que le couple réponde positivement à cela.

Alors que s’imagine-ton lorsque l’on parle de couple épanoui ? N’est-ce déjà pas une thématique relative à l’ère du développement personnel ?
Peut-on imaginer cette thématique soulevée au 17ème siècle par exemple, période avant les lumières, où les doctrines religieuses érigeaient des conduites exemplaires à suivre dont l’épanouissement était loin d’être central.

L’une des manifestations les plus spectaculaire de l’individualisme contemporain est l’essor de la psychologie qui traite du « développement de la personne », de la réalisation de soi, de l’épanouissement. Cette psychologie enseigne à mobiliser ses ressources, à exploiter toutes les possibilités de bonheur, bref à atteindre une forme de plénitude. Le terrain de la relation amoureuse et du couple n’y est pas épargné.

Alors déjà l’une des premières recettes (si l’on peut utiliser cette formule pour accéder au bonheur dans le couple), serait peut être d’arrêter de vouloir y trouver tout et notamment le bonheur et l’épanouissement.
Cette course effrénée vers un idéal comme toutes les quêtes assoiffées d’absolu penche d’elle même vers l’abime.
A chercher l’épanouissement, vous allez y rencontrer à la fois les moments extatiques du début, des complicités partagées et à la fois de la désillusion et de la déception car le couple ne peut pas combler tous les manques de l’enfance. Il le peut un temps mais pas éternellement, la différence des systèmes de valeurs entre les deux partenaires induit des fermetures du cœur : il va vous heurter dans ses propos tôt ou tard, ses conduites, ses manies, vous allez le juger puis le blâmer, « il ne devrait pas.. » , et ceci de manière inévitable. Puis vous allez vous sentir coupable de ne pas être à la hauteur de ce couple rêvé, et finir si cela se termine mal par le vivre comme un echec.
A croire dans une réponse du couple favorable à l’épanouissement, on se leurre, on ne se rend pas compte que la croyance porte en elle même sa perte.

Sauf si l’on est conscient des limites, alors on peut chercher ce qui nous élève, ce qui nous permet de croître, de révéler nos potentiels. Car cet idéal amoureux possède en lui même une force de transformation. Quand on aime un être, on l’idéalise, et en retour, cette image idéale de l’être aimé retentit sur soi. Elle catalyse notre propre amélioration. Par le simple fait d’être amoureux, on veut se bonifier, on est contaminé par la perfection que l’on prête à l’être aimé. Admirer un être c’est insensiblement accomplir un travail sur soi.

Encore faut-il avoir envie de prendre l’entière responsabilité de tout ce que l’on vit au lieu de donner le pouvoir l à l’autre de nous rendre heureux ou malheureux. Ce n’est pas lui qui est décevant quand il fait cela, mais une partie de moi résonne de cette façon là, je regarde ce qui est touché, blessé et je vois quelle est la piste pour atténuer la blessure occasionnée du mieux que je peux à ce moment là.

C’est là où le deuxième ingrédient qui est l’amour de soi rentre en jeu. Si je suis capable de bienveillance envers moi même alors je peux adoucir mes sentiments de rejet, de trahison, poser mes limites , voir quels sont mes besoins non pourvus et y répondre par d’autres stratégies que cette personne qui fait couple avec moi mais qui pour autant n’est pas censée combler tous mes manques.

On vous l’a assez répété mais ce n’est pas juste une devise, l’amour de soi, c’est une façon de vivre, un chemin jusqu’à la fin de sa vie, une attention de tous les jours, peut- être la chose la plus difficile à réaliser tant nous sommes exigeant avec nous, durs, peu enclins à nous écouter, à vouloir croire que c’est d’abord à l’autre de nous porter de l’amour et de l’attention.

Le troisième ingrédient serait en lien avec celui-ci, si je m’aime suffisamment j’ai de moins en moins peur de perdre le lien en tant qu’adulte, même si j’ai fondé une famille.
Beaucoup d’entre nous créent un schéma mental de ce qu’ils imaginent de mieux pour eux : plus tard je serai heureux (se) si j’ai mon couple et mes enfants.. (mon et mes), et que plus il durera plus il sera synonyme de bonheur (besoin de sécuriser , de stabilité). Sauf que l’amour n’est pas en relation avec la sécurité, il n’y a jamais de lien entre la vie qui prend la forme qu’elle souhaite et la sécurité qui veut figer à jamais une forme agréable de moments gouteux vécus avec quelqu’un.

Si je comprends que je ne peux obtenir aucune garantie sur le sentiment d’amour que j’ai touché à certains moments et le fait qu’il perdure, je vais me détendre car je n’ai pas de contrôle là dessus. Et oui, on n’a en réalité peu de contrôle sur le fait que notre partenaire change, ou soit conforme à nos attentes, parfois il peut aller dans notre sens, parfois pas, il est lui même pris dans les filets de ses conditionnements, et même avec la meilleure intention possible ses réactions le dépassent parfois.

Donc, plus je décode le fonctionnement de mon partenaire et de moi même plus je comprends que nos névroses s’emboîtent parfaitement.
A lors, je lui en veux moins, et je m’en veux moins également. A ce moment là je peux revenir dans le lien si je suis fermée grâce à l’empathie au lieu de vouloir avoir raison et de rester en fermeture.
Cette manière de glisser sur les obstacles, nuages, crises, est l’un des ingrédients majeurs du couple qui fait durer l’amour.

Donc, ne pas avoir peur de le perdre, c’est à dire faire confiance en la vie, et cerner les mécanismes qui agissent en nous à notre insu sont des compétences à développer, cela s’apprend, se cultive, c’est aussi une intention que l’on pose une fois volontairement dans sa vie au lieu de croire que l’amour était et qu’il n’est plus au rendez vous dès le moindre obstacle.

Un autre ingrédient valable est de vivre au plus près de sa vérité.
Qu’est-ce que cela veut dire concrètement ?
La plupart d’entre nous n’osent pas être ce qu’ils sont. Pour ne pas perdre le lien, pour ne pas fâcher, blesser, déplaire, nous sommes prêts à signer n’importe quel pacte, dire ce que l’autre veut entendre, à nous mentir à nous mêmes.
Alors suis-je capable d’enlever les masques que je porte et dire à voix haute ce que je pense tout bas ? Jusqu’où je montre mon vrai visage ? Ai-je une si piètre image de moi que je lui propose une version arrangée, corrective, donc trafiquée ?
A savoir que plus je veux plaire, plus je vais porter un faux self, une image qui s’éloigne de ce que je suis. Plus je veux être aimable et plus je vais ranger mon côté jugé conflictuel dans l’ombre et plus celui-ci va faire des siennes en souterrain.

A ne pas dire, je risque de somatiser à terme, un conflit entre ce qui est vraiment moi et ce que je veux montrer, prouver, va naître et me prendre de l’énergie.
Cette énergie n’est plus disponible pour vivre l’instant. Et ce n’est pas en se camouflant derrière des attitudes soit disant adéquates que le partenaire ne va pas partir non plus.
Oser lâcher ses peurs pour s’autoriser à être soi au plus proche de sa vérité est là aussi le chemin d’une vie entière. Mais également une intention à poser plutôt que de garder en tête l’histoire du jardin secret à préserver, à quel prix faut-il négocier, bricoler quelque chose de soi pour garder l’amour ?

Poser un regard neuf sur son partenaire amoureux est aussi un fondamental pour laisser glisser les nuages, les contentieux, éviter de l’enfermer dans des étiquetages connus, des croyances formées sur lui et réductrices.
Par exemple, je le sais bien, « il ne m’écoute pas », il ne le fait jamais ! Cela ne parle que d’un besoin qui est le mien qui n’est peut être pas le sien d’ailleurs, ou pas sa priorité, alors puis-je soit demander ce dont j’ai besoin avec par exemple les outils de la communication non violente ou est ce que je vais l’accabler pour toujours de ce jugement culpabilisant ?

J’ai toujours le choix quand je reprends la responsabilité de mes besoins et de tout ce que je vis.
Et je peux aussi m’occuper de ce besoin par d’autres biais que par l’élu de mon cœur qui n’est peut être pas la personne la plus appropriée. Encore faut-il pouvoir avoir moins d’attentes sur le couple.

Autre ingrédient : donner à l’autre ce qui nous manque, ce que l’on attend de lui au lieu de faire l’inverse. C’est à dire j’attends, cela ne vient pas, je lui reproche et cela vient encore moins forcément.
En fait souvent, on donne pour être aimé en retour, pour obtenir ce que l’on souhaite le plus, mais ceci n’est pas reconnu, on croit donner gratuitement parce que cela nous fait plaisir. Oui cela nous fait plaisir, certes, mais souvent on attend un retour sur investissement qui n’est pas conscientisé.

Il faudrait arrêter d’ailleurs de se croire si altruiste que cela et voir en clair, que l’on s’utilise les uns les autres pour satisfaire nos besoins et ne pas en faire un problème (parce que cela ne fait pas chic sur le CV).
A partir de là, soit je suis capable de faire une demande claire à laquelle il peut répondre ou s’il n’y répond pas, je peux essayer de donner ce que j’attends et voir si cela modifie quelque chose. Dans l’invisible, attendre pose une pression sur l’autre, la retirer lui laisse de l’espace pour retrouver l’élan du cœur.

Et celui-ci aussi : persévérer, cela veut dire quoi ? ne pas quitter « le bateau du couple » en toute hâte sous prétexte que c’est insupportable.
Examiner le problème que l’on en fait, est-ce que par hasard je ne cultive pas la victime en moi pour exiger le changement de l’autre ?
Dans certains cas , mieux vaut se quitter pour des raisons de violence, de malveillance, personne ne mérite d’être si peu respecté.
Sinon quelle histoire je me raconte pour vouloir sortir du jeu ? Si je regarde d’un peu plus près, je vais m’apercevoir que je réactive mes systèmes défensifs, mes vieux schémas qui se répètent pour éviter de souffrir, légitimes certes mais obsolète une fois adulte.

En conclusion, on pourrait rassembler les ingrédients du couple épanoui en quelques lignes, cesser d’associer au couple le mythe du bonheur, le vivre comme une expérience plutôt que comme un facteur de réussite ou d’échec, savoir être bienveillant avec soi dans les moments difficiles, se tenir prêt à perdre le lien à tout moment sans imaginer le pire pour soi tout simplement parce que nous ne sommes plus des nourrissons dépendants d’une mère, avoir des outils de communication et de décodage de la personnalité pour augmenter l’empathie envers soi même et son partenaire, vivre au plus près de sa vérité, oter nos masques d’adaptation, prendre l’entière responsabilité de nos émotions et agissements, donner ce qui nous manque, poser un regard neuf comme si c’était toujours la première fois.

Et si nous cessions tout bonnement de croire au besoin d’aimer et d’être aimé, le couple pourrait ainsi se vivre comme une aventure sans enjeux, un espace ludique où l’on peut se fâcher, se caresser, faire l’amour, partager des loisirs, des paroles, se retirer dans son espace, et revenir de manière fluide comme les enfants le font si bien…

Véronique Kohn, le 1er novembre 2016