Les conduites à risque en amour

thelma-louise-end2
Est-ce risqué d’être en relation amoureuse ?

On pourrait penser qu’au contraire la relation amoureuse nous donne de l’amour, de l’énergie à revendre, de la nourriture affective suffisante pour calmer tous nos maux.

Malheureusement, bien des personnes dès lors qu’elles établissent un lien amoureux, deviennent plus vulnérables, confient le pouvoir à l’autre, se sentent déposséder de leur autonomie.
Comme si elles perdaient leur identité, leur personnalité, comme si elles ne s’appartenaient plus.

Alors que bien souvent, en mode célibataire, elles retrouvent leur base, trouvent des stratégies pour satisfaire leurs besoins, se sentent plus en responsabilité d’elle même.

Alors est-ce dangereux la relation amoureuse ?

Et quelles sont les conduites dites dangereuses généralement méconnues?

Il me semblait vraiment important d’écrire sur ce sujet tant certaines personnes vont user de la relation amoureuse pour réactiver nombre de blessures d’enfance non digérées.

Et se faire mal avec le lien, accablant le partenaire de reproches alors qu’il est la plupart du temps source de projection d’un substitut parental, d’attentes réparatrices, comme un puit sans fond qu’il ne pourra jamais combler.

Tous ces mécanismes sont rarement identifiés, ce qui crée des zones aveugles sur l’origine des malaises perçus.

Les attentes non satisfaites sont source de frustrations, parfois la colère est projetée sur l’autre, certains sont plus à même d’exprimer la colère mais parfois de manière trop explosive, d’autres vont imploser c’est à dire vont retourner l’agressivité sur eux même en somatisant, en se culpabilisant, en devenant anxieux et nerveux.

Souvent la même personne qui n’est pas en couple va plus facilement prendre en charge ses besoins ; le fait de se sentir « en couple » amène un changement de représenté dans l’esprit de la personne, comme si former un couple implique une délégation de ses besoins sur un autre.

En résumé, on pourrait dire que le couple peut être vecteur de sécurité, d’apaisement, ou au contraire de montée de tensions si grandes qu’elles occasionnent des conduites à risque pour l’individu.

L’intérêt est de les identifier, pour les rendre explicites d’une part, puis pour les désamorcer dès que la conduite dangereuse s’initie.

On pourrait dire que ces conduites dangereuses, de violence sur soi ou sur l’autre, serait comme s’il y avait de la dynamite dans la cave de notre maison et qu’à tout moment, cela pourrait exploser sans crier gare.

Voici l’inventaire des conduites à risque en amour, par ordre de gravité

  • Crime passionnel, tuer l’autre
  • Se suicider par amour
  • Se donner à n’importe quel homme pour être aimée (jeu au viol)
  • Ne pas se protéger des MST
  • Préparer une vengeance, mettre de l’énergie dans la stratégie
  • Se venger d’une rupture difficile par :
  • Des procès, des enfants pris en otage en dénigrant un des parents
  • Se sentir humilier en acceptant beaucoup trop de situations où l’on se nie soi même
  • Méconnaître ses limites: remettre en scène des situations de l’enfance souffrantes et non résolues en minimisant l’impact
  • S’adapter en ayant l’espoir que cela change
  • Générer un deuil amoureux pathologique (plus d’un an de deuil)
  • Etre dépendant affectif : se sentir obsédé et envahi en pensée ou en image par le partenaire ou la relation sans pouvoir contrôler ni les pensées ni les images alors qu’il est absent.
  • Se laisser maltraiter, violence verbale, violence physique
  • Se maintenir dans une relation toxique sans se respecter ni stopper la relation
  • Rester dans des schémas répétitifs qui se terminent toujours perdant/perdant
  • S’exposer inutilement en étant réactif, réponse d’agressivité pour ne pas perdre devant quelqu’un de violent par exemple
  • Eviter de s’engager dans la relation, se mettre en privation soit affective ou sexuelle, (chat échaudé craint l’eau froide..)
  • Se soumettre aux directives sans évaluer la pertinence
  • Ne pas poser ses limites de façon claire : accepter de la drogue en soirée, ou de l’alcool plus que raisonnablement et perdre le contrôle
  • Ne plus être conscient de ses limites : ne plus se reposer, s’épuiser pour s’adapter à l’autre, prendre la route alors que c’est la nuit en étant fatigué, allez au delà de ses forces comme si c’était plus fort que soi.

Toutes ces conduites sont symptomatiques d’un manque de bienveillance par rapport à soi, dans notre jargon de psy, notamment en Analyse Transactionnelle, on parlera d’un Etat du Moi Parent Nourricier défectueux qui est la partie de nous qui sait prendre soin, à la fois de nous même et des autres, nous protège de nos propre conduites à risque en posant nos limites, en nous écoutant, en apprenant à nous respecter de plus en plus.

Et de nous protéger des autres si ceux-ci ne savent pas considérer nos besoins vitaux et font passer les leurs avant les notres.

Car c’est souvent ce qui se produit lorsque nous nous déchirons dans la relation, chacun cherche à satisfaire ses besoins, à aller dans le sens de son propre plaisir, a envie de se sentir libre d’agir à sa guise, et tire alors la couverture à lui.

Dans ce va et vient des mouvements réactifs de ce «  j’ai envie et j’y ai droit !» « et moi aussi d’ailleurs ! » , le plus en demande de lien peut être fragilisé et ne plus faire appel à son Parent Nourricier.

Il oublie alors d’être son propre Parent vis à vis de lui, pour garder le lien il est prêt à tout, soit de riposter, soit de manipuler, soit de se sur-adapter, tout cela ayant pour conséquence de se déposséder de soi même, telle l’image d’une fleur fanée à trop pencher sur l’autre.

Le fait de faire vivre le Parent Nourricier et de le renforcer s’il est quasi inexistant, est une bonne façon de partir dans la relation en contact avec sa base, un endroit stable en nous qui n’est pas prêt à tout pour garder le lien.

La plupart des personnes qui ont des conduites à risque en amour ont un Parent Nourricier faible, soit parce que le modèle parental n’était pas un modèle de bienveillance, les parents ne savaient pas être bienveillants vis à vis d’eux même, et parfois pas non plus vis à vis de leurs enfants.

Témoin d’un manque de bienveillance et/ou d’empathie entre les parents, l’enfant ne se construit pas avec cette compétence pourtant essentielle.

Donc l’enfant n’a pas pu incorporé un savoir faire lié à être doux avec soi, à se respecter, à ne pas faire passer l’autre avant soi. Il arrive, adulte dans la relation avec ce manque de Parent Nourricier et va chercher au travers de la relation le Parent Nourricier de son partenaire pour pallier le sien.

Il attend que l’autre le protège, le respecte, le rassure, soit doux et tendre, non jugeant et bienveillant avec lui alors que lui même ne sait pas se le donner à vivre.

Et bien sûr l’autre n’est pas un ange sur terre, lui aussi a ses limites, il ne peut pas soutenir la posture du Parent Nourricier constamment même si cela tombe sous le sens qu’aimer c’est prendre soin de son prochain.

Notre Parent Nourricier peut être très inconséquent spécifiquement sur la sphère amoureuse mais pas ailleurs, par exemple certains savent se protéger dans le monde du travail, mais sur le terrain affectif sont très fragiles.

Pourquoi ? Tout simplement parce que la relation amoureuse revisite les manquements affectifs de notre enfance, si nos parents ne nous ont pas assez protégés, ou regardés, nous allons vite nous sentir pas assez protégé ou regardé et demander beaucoup à la relation.

Les enjeux sont forts à cet endroit du lien parce que la fragilité est inscrite dans notre personnalité.

Les conduites dangereuses sont tout d’abord à identifier, puis à titre préventif à considérer dès qu’elle se présentent à nous avant qu’il ne soit trop tard. Pour en mesurer l’importance et ne pas laisser la conduite nous mener par le bout du nez, la partie de nous qui n’est pas en contact avec notre Parent Nourricier peut prendre le pouvoir et nous faire regretter et culpabiliser quant à notre incapacité à dire stop.

Comme si une partie puissante nous possèdait et nous mettait dans une impossibilité auto-destructrice à poser nos limites.

Elles sont scénariques, c’est à dire que si nous ne les déjouons pas, elles sont inscrites comme une issue tragique si jamais nous considérons que cela tourne mal pour nous.

Et surtout elle sont caractérisées par l’issue dramatique finale, et les jugements habituels conséquents qui en disent long :

  • je le savais bien, c’est toujours pareil, avec lui (elle) …
  • ou tous les hommes (femmes) sont…
  • je finis toujours par me faire avoir…donc j’ai raison de me méfier..
  • je n’aurai jamais du..si j’avais su..

Bref, ce sont des croyances dites scénariques parce qu’elles sont vérifiées à la fin comme une séquence prévisible. Et nous faire choisir des partenaires toujours du même genre, ceux qui ressemblent à nos figures parentales pour réussir à attirer leur attention. Et en général reproduire le cercle vicieux de la re-traumatisation.

Et cette chute finale tragique, va rendre la personne encore plus impuissante, un peu comme dans une impasse répétitive qu’elle connaît bien.

Nous sommes prisonniers de ces conduites là car enfant nous cherchions à protéger le lien avec le parent qui symbolisait le plus notre pilier de sécurité, et même s’il n’était pas au rendez-vous de nos besoins, nous avons ravalé nos réponses de fuite ou d’attaque et ceci de façon inconsciente.

Ce qui fait qu’une fois adulte, nous avons perdu le réflexe de poser des limites, soit de partir en courant si notre conjoint ou compagnon nous agresse ou manipule, soit de fermement dire que ce n’est pas notre position et confirmer un avis différent.

Ce phénomène de sur-adaptation à l’autre est bien connu.

Quand je m’adapte trop à l’autre, je me déconnecte de moi !

Et je deviens potentiellement dangereux pour moi ! Ou je bous intérieurement et je ne vais pas tarder à exploser ou à imploser ! Surtout si je ne vois pas venir mes conduites à risque..

Et encore plus si je suis penché sur l’autre ou hypnotisé par ce qui passe dans la relation.

Je le remarque au moment où je sens que c’est plus fort que moi..quand je ne peux pas m’empêcher de.. Je n’ai peut être pas senti qu’auparavant il y a eu pas mal d’insatisfactions retenues, ou non exprimées ou alors mal exprimées.

On appelle cela en langage courant, perdre le contrôle.

C’est comme une pulsion qui nous attire vers le vortex traumatique.

D’où la réelle importance à tête reposée de lister ses conduites dangereuses en amour, de les conscientiser, de les pister, voir de demander à un de nos confidents de nous aviser lorsqu’il nous perçoit basculer dans ces comportements désorganisés. Ceci pour remplacer notre Parent Nourricier qui peut faire défaut lorsque nous nous sentons poussé à bout.

Les identifier est une première étape, la deuxième est de décider volontairement de ne plus s’abîmer dans la relation, c’est à dire de fermer ses issues tragiques en décidant de se protéger une bonne fois pour toute. Cette décision est prise par l’Etat du Moi Adulte. Cette partie de nous, si elle prend plus aux commandes quand nous commençons à basculer dans les conduites à risque est comme un pilote dans l’avion qui reprend le contrôle.

Mais l’idéal, et ceci est vrai pour chacun d’entre nous, est de renforcer aussi ce Parent Nourricier comme je l’ai dit plus haut, pour contrebalancer le poids de notre Enfant blessé qui sur-réagit à la manière d’un petit enfant qui réclame son dû.
Ce que les bouddhistes vont nommer le chemin de la compassion vis à vis de soi même, ou que les chrétiens reconnaîtront dans l’enseignement du Christ : « aime ton prochain comme toi même ».

De même Rumi écrit : « Ta tâche n’est pas de rechercher l’amour, mais simplement de trouver et d’éliminer tous les obstacles que tu as construit contre l’amour ».

Ou encore dans le judaisme, Hillel nous dit: « Si je ne suis pas pour moi, qui le sera ? Et si je ne suis que pour moi, qui suis-je ? Et si pas maintenant, quand ? ».

La plupart des spiritualités invoque le chemin de l’amour de soi d’une manière ou d’une autre, et c’est peut être ici notre plus grand défi tout au long de notre vie, tant il est difficile de repérer combien nous sommes dur et exigeant vis-à vis de nous même, voir dangereux pour nous sans nous en  rendre vraiment compte.

Véronique Kohn, le 14 juillet 2017