Etre amoureux : une pathologie ?

coeur flou
Pourquoi sommes nous tellement attirés par cet état amoureux ? C’est comme une drogue a-t-on l’habitude d’entendre.
Nous rêvons d’être amoureux lorsque la vie quotidienne nous rattrape ou lorsque nous sommes frustrés par les insatisfactions fréquentes de nos relations.
Et quand nous le devenons, le cocktail chimique dopaminergique nous transporte vers des cieux des plus radieux où nous nous sentons des ailes ; mais qui nous font souvent basculer dans les enfers du manque ou de jalousie l’instant d’après..

Considéré aujourd’hui par les neuro-sciences comme un état addictif , faut-il pour éviter de souffrir de la pathologie de l’état amoureux , en arriver à faire une croix dessus complètement et se mettre en retrait de la scène amoureuse, ou se contenter d’ un engagement tiède, sans passion au rendez-vous ?

Comme dans les contes de fées, ou le mythe du banquet de Platon où nous cherchons notre moitié complémentaire, pour retrouver ce sentiment d’unité, une fois que nous le touchons avec un être, nous avons du mal à nous en distancer même si une petite voix raisonnable nous dit que ce n’est pas la voie royale, qu’il nous faut d’abord nous établir dans l’amour de soi, avant d’aller à la rencontre de l’autre.

Et pour les amoureux de l’amour, même après des années de travail sur soi, d’expériences tragiques de rupture qui mènent à une compréhension plus précise des mécanismes de l’attachement, il ne faut pas grand chose pour retourner au piège de l’état amoureux et des ses conséquences à friser le pathos, même si les états de souffrance durent moins longtemps tout de même.

Mais comment peut-on être si fragile, si dépendant, même après tant de relations amoureuses ?
Qu’est-ce qui nous prend de passer tellement de temps à courir après le coup de foudre, l’âme sœur, le grand frisson de cet état amoureux ?

Un goût pour vivre intensément ? Un simple shoot ? Une manière de réaliser que nous sommes vivants comme si nous ne le sentons pas sans cela ? Une façon de gérer l’ennui ? Comme si jouer le rôle d’un personnage romantique était une valeur sûre et valorisante de réalisation. Il est bien écrit partout que nous sommes des êtres fait pour vivre l’amour, que c’est la valeur haute de notre existence, alors que nous raconte-on depuis le début ?

Et pourquoi dit-on que si cette flamme n’est pas entretenue dans le couple alors la relation s’éteint, le désir s’use et les problèmes commencent .
Alors trop d’amour tue l’amour, pas assez aussi ?

L’attachement fait donc souffrir, car s’attacher c’est prendre le risque de se séparer ou de ne pas compter vraiment pour l’autre, alors que nous voulons plus que ce qu’il peut donner bien souvent quand nous sommes amoureux.
Une fois que nous rencontrons un être qui vibre sur notre longueur d’onde, nous n’avons qu’une envie c’est de nous l’approprier , de le garder, et c’est là où le cycle de l’attachement souffrant risque d’apparaître.
Par exemple avec le fameux jeu amoureux tellement connu : « suis-moi je te fuis, fuis moi je te suis »
Si je te montre combien je tiens à toi, tu peux en retour ne pas répondre à cette envie que j’ai de te voir, tu peux au contraire te sentir encombré par mes demandes oppressantes, et te mettre en distance.

Et en même temps se rendre compte que celui qui est en demande, frise à la fois le manque très désagréable et en même temps jouit de l’intensité de l’état amoureux qui l’accompagne.
Alors que celui qui est plus froid n’en est pas atteint ou se coupe de l’élan.

Donc si vous me suivez, involontairement on pourrait dire que malgré la souffrance du manque, l’amoureux sent la tension du désir, et se sent transporté obsessivement vers l’objet d’amour convoité.
La frustration de ne pas avoir augmente la tension et l’obsession.

C’est comme si ce schéma archaîque se réitère : « s’il s’intéresse à moi, j’existe, s’il ne daigne pas poser son regard sur moi, je crois que je n’existe pas » ou alors que je suis pas quelqu’un d’intéressant.

C’est peut être le côté pathologique ou dramatique de l’histoire ! Comme au tout début de notre vie, il est possible de retourner dans cette sensation de transparence, d’inexistence si le regard n’est pas posé suffisamment sur nous.
Ce fameux besoin de reconnaissance, de validation pour nous permettre de nous distinguer d’autrui, d’avoir notre place.

Comment sortir de ce schéma infernal ? Et qui nous ramène à la dépendance d’un tout petit dans une peau de grand, que nous jugeons de plus comme indigne de notre grandeur !

Une piste serait de se sentir exister au moment où l’apparition du symptôme « je ne suis rien » apparaît, mais déjà reconnaître ce symptôme parce qu’en général, c’est le manque qui est senti et pas le « je n’existe plus ».
Les personnes que l’on fait vivre en virtuel dans notre imagerie mentale, existent plus que nous mêmes à ce moment là.
Il y a à investir le champ d’attention sur notre sentiment d’existence, de se sentir être une personne importante, déjà à nos propres yeux, voir de trouver d’autres personnes pour nous valider même si on pense que ce n’est que celle qui nous manque qui est légitime à le faire.

Que se cachet-il derrière l’addiction à l’état amoureux ?

On l’a vu, la sensation de l’intensité vibrante de la vie qui coule en nous, une énergie fabuleuse, une joie, un optimisme si tout va dans le sens de nos attentes mais rapidement cela peut dériver vers le manque atroce et une souffrance terrible.

Etre amoureux c’est un manque d’amour.
Quand je veux être aimé, je veux quelque chose, je n’aime pas. Si j’arrête de vouloir m’approprier, je suis libre parce que je me rends compte que l’amour n’a pas besoin de se fixer sur une personne, il est toujours présent mais j’ai, pour le sentir, la tentation de me relier à un seule prise, à une seule personne avec qui le courant est passé.

Et ensuite, je peux rajouter l’argument que se donner à une seule personne est une marque de respect de soi, de l’autre, que l’on ne partage pas son intimité avec d’autres comme cela au tout venant, que notre corps est sacré etc..

Cet argument est à la fois vrai sur un certain plan mais jusqu’où s’en sert-on pour renforcer notre légitimité à s’approprier notre compagnon ?
Mon homme, mon mec à moi, ma femme..
Et comme c’est mon quelque chose, il est donc responsable de ne pas faire correctement ce que l’on souhaite, de répondre à nos demandes, nos besoins .
Notre amoureux(se) ne fait jamais assez bien tout ce que l’on aimerait sauf au tout début de la relation peut –être et encore..

Généralement, on aime quelqu’un s’il correspond à notre système de valeurs. Si la personne que l’on aime se met à faire ceci ou cela, soudain on ne l’aime plus. Un amour qui commence et qui finit, ce n’est pas de l’amour.
Sur un certain plan, on pourrait dire que l’on ne peut pas aimer puisque notre amour est sans cesse conditionnel, et que nous ne pouvons pas nous empêcher d’aimer de façon limitée. L’ego ne peut pas aimer, il prend, il utilise, il sécurise. Et comme notre ego fait partie de l’aventure terrestre, on sera confronté à tomber amoureux et à vouloir être aimé en retour.
Dès lors que je veux quelque chose, je cherche à prendre, à capter, je suis infidèle à mon autonomie.

Donc l’état amoureux est forcément pathologique, ou plutôt une fantaisie. Aimer quelqu’un ou vouloir être aimé de lui est un jeu de l’ego.
Mais ce n’est pas de l’amour.
Au fond, peut être n’a t-on ni besoin d’aimer et d’être aimé.
Quand on est avec un ami, on l’aime totalement. Là il y a une satisfaction profonde. Mais si j’ai besoin que cette personne m’aime, je passe ma vie dans la misère…
L’amour pathologique est un échange de business : tu me donnes ceci, je fais cela ; je ne couche pas avec la voisine, tu ne couches pas avec le voisin, on est fidèle.

L’amour n’est pas exclusif, il est inclusif.
Quand je suis amoureux, tout mon environnement passe au second plan, je ne suis plus disponible à l’instant, tant je suis agrippé à l’idée que cette personne peut me combler. Etre amoureux est un manque d’amour, un manque de sensibilité à ce qui m’entoure tel que c’est.

Bien sûr l’alchimie du courant n’est pas possible avec tous, et puis on ne peut vivre avec tous non plus. On va donc en fonction de nos goûts et tendances élire une personne pour former un couple, mais si je peux de plus comprendre qu’il ne peut pas être différent que ce qu’il est dans l’instant, alors je suis plus libre et tranquille, car je n’attend pas d’obtenir de lui quelque chose de spécial, ou alors je vois que j’attends, mon ego est au rendez-vous et je peux émettre un clin d’œil à partir d’un espace où je ne suis pas dupe.

Le 2 mai 2017
Véronique Kohn